[topic unique] LIVRE

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Gavia arctica
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Gavia arctica »

des ploucs quoi… :mrgreen:
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visiteur
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Humboldt's gift de Saul Bellow

Pullitzer 1976, dernier grand roman du Nobel américain, j'ai moins accroché à cette oeuvre qu'à la précédente où je découvrais l'écrivain... J'ai ici plutôt eu le sentiment d'une oeuvre de fin de carrière, récompensée par un prix parce que certains devaient s'en vouloir de ne pas l'avoir fait précédemment...

Peut être est-ce dû que j'ai trop ressenti la description d'un monde que l'écrivain connaît bien, celui de l'édition, celui dans lequel virevolte ce roman... Un rapport entre deux individus qui ne sont pas de la même génération, l'un véritable talent vite éclipsé, l'autre auquel le premier montre la voie et qui triomphe dans le succès de l'édition.... A la mort du premier, il lui lègue un manuscrit inédit qu'il lui charge par héritage de publier...

Il y'a bien d'autres choses dans cette oeuvre dense notamment le rapport qu'entretient le narrateur avec une petite frappe mafieuse chicagoanne dans des passages qui sont d'une très grande loufoquerie et qui sont vraiment le point fort du roman... L'humour juif à son meilleur, sachant mettre en lumière toutes les turpitudes de l'esprit humain, mais surtout une capacité d'analyse de la société américaine vraiment excellente, l'autre très grande force de l'écrivain.

Mais il reste que c'est aussi un long roman et que la création romanesque peine un peu à rester égale, on a du mal à rester concentrer tout au long de ce long roman, il y'a des passages où l'on s'ennuie un peu et où l'on aimerait que l'auteur arrête de noircir du papier pour faire une "somme"....

Un peu déçu donc, au final on se rend compte que pour découvrir un écrivain, il vaut mieux ne pas commencer par ses oeuvres consacrées par la critique, mais voir un peu plus en amont ce qui lui a permis de se faire un nom... Je vais donc remonter un peu dans le temps pour voir d'autres choses et essayer de retrouver la veine d'Auggie March qui est vraiment le roman qui m'aura le plus marqué de ces dernières années de lecture....
Gavia arctica
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Gavia arctica »

Fin de l‘interview (dernière question sur 14) d‘un écrivain néerlandais, je recommande sa lecture…il se pose les bonnes questions que nous européens devrions tous nous poser au lieu de chercher à nous refermer sur nous-même…

„ENTRETIEN. « Grand Hotel Europa » est le premier roman d’llja Leonard Pfeijffer (Le Point) traduit en français. Rencontre avec l’un des auteurs les plus lus aux Pays-Bas.
… … … … …

L'Europe est-elle en danger ?

L'Europe est arrivée à un point crucial de son histoire où elle doit se réinventer, se redéfinir d'un point de vue géopolitique, par rapport aux puissances mondiales qui l'entourent, qu'elles soient florissantes ou déclinantes. Je suis assez confiant, car le projet qui est au cœur de l'Union européenne est, justement, de trouver une identité commune. Bien sûr, c'est lent et difficile à mettre en place, mais il y a aussi une beauté dans cela. L'unification de l'Europe est l'un des projets les plus beaux et les plus courageux jamais lancés par le genre humain. Mais il faut que nous apprenions à ne pas vivre dans la nostalgie et l'idée que « c'était mieux avant », qui est un grand classique de la pensée européenne – même les Grecs anciens pensaient que c'était mieux à l'époque où leurs dieux vivaient sur Terre ! Vivre entouré de monuments sublimes a un revers de la médaille, qui est de croire que nous ne pourrons plus jamais atteindre la splendeur passée et de baisser les bras. L'Europe est face à des enjeux subtils. Il nous faut prendre la mesure de nos richesses, comprendre les défis qu'elles représentent et nous méfier des écueils que sont l'identitarisme, le repli sur soi ou le recours à une économie de marché totalement débridée. C'est seulement à ce prix que nous serons à la hauteur de notre patrimoine et de notre civilisation.„


à méditer…
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Bagouvic
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Bagouvic »

L'idées que des peuples puissent s'unir totalement sous une entité commune autrement que par la force et les conflits sous la loi du vainqueur ou par la conquête de territoires vierges ou jugés comme tels serait nouveau dans l'histoire. Qu'une telle chose puisse se produire par la seule volonté commune est un idéal auquel il n'est pas interdit de croire, mais dont on peut aussi douter sérieusement. Il y a à la fois une certaine évidence dans l'intérêt d'un Etat continent, mais des obstacles nombreux, et qui sont bien plus complexes qu'un simple attachement au passé comme si celui-ci était quelque chose de vaporeux, fantasmé, alors qu'il fonde ce que sont profondément des Etats, des nations, des cultures, des peuples... C'est d'ailleurs dès le départ de la construction européenne, ce choix de démarrer par l'économie et le droit, qui fut à la fois une base mais le premier écueil, comme si le reste suivrait et comme si d'une certaine façon le monde pouvait n'être réduit qu'à ça.
Gavia arctica
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Gavia arctica »

la complexité est dans la façon d’appréhender les gens simples, qui sont majoritaires, de moins en moins intelligents et de plus en plus égoïstes…moi j’y crois… :mrgreen:
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DerekRoyse
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par DerekRoyse »

Roadmaster - Stephen
Encore un coup de génie, j'ai surtout bien aimé même la manière dont il a décrit la voiture, et ça restera un grand succès avec ces livres antécedents
Que la surprise ne s'arrête pas de sa part :)
drazenmirabelle
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Message par drazenmirabelle »

L'attentat (Yasmina Khadra).
drazenmirabelle
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Message par drazenmirabelle »

"Nous rêvions juste de liberté" (Henri Loevenbruck).
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Message par visiteur »

Sang et Lumières de Joseph Peyré

Je ne sais pas trop ce que je suis allé cherché dans cette oeuvre.... Primé en 1935 par le Goncourt, elle est comme les trois quarts des romans primés une oeuvre qui tombe dans l'oubli, parfois l'année suivante, parfois la décennie suivante, souvent la génération suivante..

Ce n'est certes pas qu'un roman sur la tauromachie, mais si l'on tient ce spectacle en horreur, ce n'est pas franchement pas le genre de roman à lire, car c'est le personnage principal de l'oeuvre, même si effectivement, c'est un portrait subtil d'une star de ce sport déchu qui revient sur la scène après une blessure pour organiser son suicide sur place...

il y'a de la qualité c'est évident, ne serait-ce que la très grande précision de l'auteur pour faire rentrer son lecteur dans l'atmosphère de l'arêne et de tout ce qui l'entoure, faire comprendre ce qu'est la vie d'un torero qui a connu le sommet de son art (?). Le récit est bien mené, rien de très original dans l'histoire d'amour déchue, une belle peinture de l'homme face à sa solitude, mais rien de transcendant dans ce qui est écrit sur le sujet non plus de mon point de vue....

Une curiosité en quelque sorte, dont on se demande si elle n'a pas profité de l'éclairage qu'offrait l'actualité de l'époque suite au retour de la république en Espagne avant de sombrer dans la guerre civile.
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Message par visiteur »

L'Angoisse du gardien de but au moment du pénalty de Peter Handke

Je serai resté plusieurs décennies à vouloir livre ce petit roman sans jamais l'avoir lu... Juste sur la base du titre, savoir ce que pouvait raconter l'auteur à partir de ce titre...
Le temps a passé, le bouquin est resté en librairie et il n'y pas si longtemps (2019) Handke a obtenu le Nobel de littérature... Là, chez le libraire, il n'y avait plus que l'angoisse mais un recueil qui permettait de mieux connaître l'oeuvre de l'Autrichien... J'ai commencé par le tir au but....

Pas de foot non, mais c'est bien l'histoire d'un gardien de but dont on parlera que fort peu de sa qualité de gardien de but dans cette histoire... On se situe sans doute quelque part en Slovénie, à un moment où il y'avait une frontière surveillée, un jeune homme va passer un moment supposé sympathique avec une jeune fille et pour une raison que lui même ignore, la tue...

L'angoisse du gardien de but est l'histoire de ce meurtre et des moments qui ont suivi le meurtre... Je ne sais pas si ce roman est caractéristique de l'oeuvre de Handke, mais il y'a un monde, un ton, quelque chose de particuiier, une originalité. Je n'ai pas du tout été transporté par l'histoire, le livre, tout est raconté un peu à la façon d'un journal, on ne sent pas véritablement de narration dans le récit, c'est le rapport presque horaire non de la fuite, mais de l'errance du meurtrier qui ne fuit pas véritablement, mais s'éloigne de la ville du meurtre et gagne une ville frontière, sans que rien ne soit prémédité, comme si ce choix était un peu le fruit du hasard.

Le récit semble chaotique, un peu comme lé héros qui semble lui même se demander ce qui l'a conduit là, on le suit dans son quotidien, dans ses rencontres, toutes plus banales les unes que les autres, un moment de vie s'écoule....Petit à petit on arrive à rentrer dans le roman, à se glisser dans la peau du héros, à sentir l'existence, ces moments sans relief qui s'écoulent, prendre quelque peu de consistance, on sent petit à petit prendre conscience de la solitude, de l'absurdité du temps qui coule sans véritablement rien et finalement d'un passé tout proche dont on sent insensiblement qu'il va vous rattraper et qu'on n'aura que peu de chance face à celui-ci comme le gardien de but en face du tireur au but et dont finalement on peut se demander, comme l'auteur, si la meilleure stratégie n'est pas l'immobilité....

Petit aperçu pas enthousiasmant mais donnant envie d'explorer davantage l'oeuvre...
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La vie mode d'emploi par Georges Perec

Un gros roman original... Ecrit à un moment où les écrivains français cherchaient à sortir avec plus ou moins de réussite de la forme romanesque traditionnelle, ce roman de Pérec est plutôt une réussite en ce sens que s'il s'agit d'un exercice de style, j'ai trouvé celui-ci loin d'être vain...

Une drôle d'idée, celle de raconter par le détail ce qui se passe dans un immeuble, derrière chaque porte, dans un laps de temps assez vaste... On retrouve tous les ingrédients du roman même si de part la forme, on est plus devant une suite de nouvelles que de chapitres; chacun étant suffisamment charpenté pour raconter l'histoire d'un appartement, d'une famille, d'un individu, de ce qu'il y fait, de comment il y est arrivé, de comment il en est parti...

C'est très imaginatif, il faut une sacrée dose d'imagination pour retranscrire la vie de dizaines de familles, certains pourront trouver ça trop descriptif, sans doute parce que l'auteur qui fait preuve d'originalité dans la forme a voulu aussi montrer un très grand classicisme dans la rigueur de sa narration, des descriptions précises, que ce soit celle des appartements, comme des portraits des personnages qui vont et viennent dans l'immeuble....

Seul défaut de l'oeuvre, je l'ai trouvée assez longue, à un moment la force de l'originalité retombe, on a un peu l'impression de tourner en rond, on a envie de conclure, mais compte tenu de la longueur de l'ouvrage, ça n'arrive pas rapidement, mon attention est restée vive assez longtemps, avant de s'étioler vers la fin....

Une curiosité, une réussite, un livre à découvrir....
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Ferdydurke par Witold Gombrowicz

Drôle de bouquin pour découvrir l'oeuvre de cet écrivain polonais exilé...
ça commence sur le mode de l'absurdité des choses, on se dit qu'on a affaire à quelque chose de léger, d'ironique certes, d'assez moqueur sur l'apparence des choses, mais sur le mode plaisanterie... plaisante...

Puis insensiblement, la légèreté va basculer, mais dans un contexte toujours familial, donc familier, et c'est dans ce contexte que la réalité des rapports humains vous saute à la figure, dans sa crudité, sans aménité ni pincette et que lecture de l'ouvrage m'a laissé assez sonné....

Livre remarquable, presque majeur, d'un écrivain resté longtemps ignoré de mon horizon culturel limité et qui donne vraiment envie de continuer à explorer ses écrits....
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Message par visiteur »

Les Grands Chemins de Jean Giono

Poursuite de l'exploration de l'oeuvre d'après seconde guerre mondial de l'écrivain provençal....
Toujours interloqué par la qualité de création de l'écrivain, sa capacité à construire des histoires, des personnages, sans véritable redite dans son oeuvre... Ce qui reste, ce sont les paysages des Alpilles...

Pour ceux qui ont lu Steinbeck, les grands chemins font penser par sa trame à "des souris et des hommes". Fort différent bien sûr, mais le thème est assez similaire, deux hommes dissemblables se rencontrent dont l'un est inadapté au monde "réel". Le premier se lie d'amitié avec le second, malgré sa dissemblance lui prend l'envie de veiller sur lui, jusqu'à ce qu'il se rende compte que son ami ne peut poursuivre la route d'une existence pas faite pour lui...

Moins séduit que le roman lu l'an passé, les personnages sont intéressants, leur originalité certaine, mais leur caractère moins marqué que celui des héroïnes des "Ames fortes", moins truculent en somme...
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Re: [topic unique] LIVRE

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Nickel Boys de Colson Whitehead

Un terrain vague où l'on retrouve des corps enterrés non loin d'une ancienne maison de correction en Floride fermée depuis quelques années... Un ancien pensionnaire se souvient de ce qu'il s'est joué quelques décennies auparavant lorsqu'il était mineur dans les années 60...

C'est ainsi que débute ce roman et qui retrace l'histoire d'un jeune homme noir épris du message de Martin Luther King qui en dépit de sa condition sociale semblait promis à une carrière universitaire jusqu'à un malheureux matin où une erreur d'aiguillage lui fit prendre la voie de ladite maison de correction...

Voici pour la trame du roman, parlons un peu du contexte et de ce que je retiens de l'oeuvre....

Avant d'acheter le bouquin, j'ai longuement hésité... Hésité parce que nécessairement un auteur qui se fait récompenser une seconde fois par le Pullitzer, ce n'est pas fréquent, seuls Faulkner et Updike ont reçu cet honneur depuis la seconde guerre mondiale et hésité parce que s'agissant d'un auteur parlant du passé "raciste" des Etats Unis à un moment où l'on est dans le monde culturel en pleine cancel culture pouvait bien évidemment faire penser à une distinction très "politique"...

Je n'ai pas suffisamment lu de romans récompensés par le Pullitzer pour me faire une idée très claire du mérite ou non de cette oeuvre à figurer dans la liste... A des romans ou écrivains consacrés (outre les deux sus nommés, on y retrouve Steinbeck, Hemingway, Bellow, Morirsson...) mais aussi de parfaits inconnus (en tout cas à mes yeux....).

Ce qu'il est évident en revanche, pour ne prendre que l'exemple de Faulkner que je connais à défaut d'avoir encore lu Updike, c'est qu'on est à des années lumière de la puissance d'écriture du brave William.... Pour ne prendre qu'un des aspects de l'oeuvre, la description de la conditions des Noirs américains du début du 20ème dans les Etats du Sud est infiniment plus fine et originale que ce qui émane de l'oeuvre de Whitehead....

Mais n'est pas Faulkner qui veut... Après tout, c'est plus au jury qu'il faudrait s'adresser qu'à l'écrivain lui même de l'avoir distingué à hauteur d'un tel colosse et paraître totalement surfait....

Reste le bouquin... Franchement honnête... Je ne peux que me référer à ceux que j'ai lus (très peu...) figurant sur la liste, je ne crierai pas au scandale complotiste woke.. Il a des faiblesses évidemment, le manichéisme en tout premier lieu, mais il est difficile de faire preuve de subtilités vis à vis de tels établissements et de leur mode de fonctionnement... L'autre faiblesse évidente est celle du du peu de développement des caractères des personnages qui parcourent le roman, ce sont plus des marionnettes destinées à étayer le propos de l'auteur que de véritables portraits fouillés. On est dans la veine d'une oeuvre d'un journaliste, mais on est très loin de ce que ce type d'oeuvre a produit de meilleur aux USA, je pense à Capote ou Wolfe non récompensés d'un Pullitzer en leur temps, ou d'un Mailer qui lui l'a été...

Mais l'histoire passe bien, se lit comme un roman, même si l'on sait qu'elle est inspirée de faits réels et de témoignages s'y rapportant, chacun pourra se faire une idée du passé de la société américaine, mais bien évidemment, tout ceci n'a rien de très original, a déjà été longuement décrit, n'apporte pas grand chose de nouveau si ce n'est le lieu géographique, j'ai beaucoup plus l'habitude de voir ce type d'histoire dans les Etats longeant le Mississipi qu'en Floride.

Je ne sais donc pas si j'irais lire le premier Pullitzer de M.Whitehead, même si je n'ai pas de regret d'avoir lu celui-ci pour me faire une idée, finalement assez conforme à ce que j'anticipais, sans me faire pousser des cris d'orfraie....
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Rue des Boutiques Obscures de Patrick Modiano

Poursuite de la découverte de Modiano, ordre chronologique, sans le doute le roman qui a permis de faire rentrer Modiano dans une certaine catégorie, celles des écrivains primés au Goncourt et lui s'en très bien sorti...

Pour tout dire, c'est un Goncourt de très bonne facture et je dirais même plus, c'est un très bon roman... J'ai retrouvé la verve créatrice de Villa Triste, pas sûr que ce soit simplement du fait des pages qui se déroulent en Haute Savoie...

Là aussi, la clé du lieu, c'est la frontière suisse, mais là ce n'est plus une peur irraisonnée d'un héros tétanisé par les évènements d'Algérie, les protagonistes sont des personnages qui ont tout lieu de croire que leur vie est en danger... On est sous l'occupation, inutile de dire pourquoi les personnages sont en danger....

Mais avant d'en arriver là, Modiano déroule sa petite musique, celle de la mémoire, le trauma que certains faits peuvent provoquer sur les êtres car le roman n'est pas tant l'histoire que ces êtres traqués qui voient la Suisse comme un échappatoire à la fois à portée de main et insaisissable que celle d'un être frappé d'amnésie qui essaye de retrouver son passé quand la retraite vient... Car un trou noir a pris place en lieu et place de son identité trou noir auquel il va essayer de comprendre ce qu'il dissimule en reprenant pas à pas, de fausse pistes en vrais petits cailloux du petit poucet pour finir par se remémorer le drame insupportable.

C'est remarquable d'intelligence, dans la reconstitution à la fois d'une époque mais aussi de ce qui a suivi, de ces milieux interlopes qu'on revoit 20, 30 ans après les faits, de voir comment vieillissent les gens, ce qu'ils ont été, ce qu'ils deviennent, comment des histoires se retrouvent soudainement rompues. C'est aussi remarquable par la réflexion sur la mémoire, même si Modiano n'est pas le premier à explorer le thème... C'est surtout remarquable dans la façon dont on parle de l'occupation, de la Shoah bien sûr, puisque c'est de cela dont il s'agit, mais pas de la Shoah en images d'Epinal, c'est à dire de la Gestapo, des trains, des camps, non juste de la traque d'êtres qui se retrouvent confrontés à une histoire qui ne fait pas sens pour eux, qui du jour au lendemain se trouvent traqués, qui essayent de trouver une issue et qui même si leur destin ne leur fera pas rencontrer ni la milice, ni la Gestapo, montre que tout un chacun peut se retrouver au centre du mal par une époque qui pousse à l'ignominie...

C'est puissant, c'est remarquable, le genre de texte qui montre que le Prix Nobel de l'auteur se justifie totalement....
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