[topic unique] LIVRE

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girv
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par girv »

Il me semble qu'un jour ma grand-mère m'a dit qu'elle avait été la femme de chambre de Joseph Kessel...

c'est possible, ça ? (parce que dans ma tête, c'est clair...mais ça se trouve, je l'ai rêvé !). Elle était née en 1927 et a vécu dans le sud de la France...
Obiwan
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Obiwan »

girv a écrit :Il me semble qu'un jour ma grand-mère m'a dit qu'elle avait été la femme de chambre de Joseph Kessel...

c'est possible, ça ? (parce que dans ma tête, c'est clair...mais ça se trouve, je l'ai rêvé !). Elle était née en 1927 et a vécu dans le sud de la France...

Mort en 1979.. d'un point de vue chronologique rien d'impossible donc
girv
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par girv »

Obiwan a écrit :
girv a écrit :Il me semble qu'un jour ma grand-mère m'a dit qu'elle avait été la femme de chambre de Joseph Kessel...

c'est possible, ça ? (parce que dans ma tête, c'est clair...mais ça se trouve, je l'ai rêvé !). Elle était née en 1927 et a vécu dans le sud de la France...

Mort en 1979.. d'un point de vue chronologique rien d'impossible donc
Mais a-t-il vécu dans le sud de la France (vers Toulon ou Nice) ?
Kozak
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Kozak »

Il a passé une partie de son adolescence à Nice mais ça fait un peu tôt :mrgreen:
Car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...
visiteur
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Message par visiteur »

Freedom de Jonathan Franzen

Un roman bien épais qui prend largement une bonne vingtaine d’heures pour en venir à bout d’un écrivain américain en vue, qui fut un très grand succès outre Atlantique et dont je ne sais pas trop quoi en penser après l’avoir lu…

Parce que le roman a d’indéniables qualités : une histoire pas mal menée, mais surtout, surtout, une très belle analyse de mœurs et des ressorts des personnages, très complète, tout en nuances servie par un style de très bon niveau (même si j’ai lu le bouquin dans une traduction, on ressent le travail de l’auteur). Là où j’ai eu beaucoup plus de mal, c’est sur la « morale » de l’histoire…

C’est en fait une chronique des Etats-Unis d’aujourd’hui, une famille assez aisée, un couple tout à fait dans le standard, deux gamins, la fille et le fils, très ouverte d’esprit (entendre libérale et donc plutôt gauchisante au sens américain du terme, c’est à dire lepéniste pour certains esprits parcourant ce post… :oops: ) et dont l’auteur se fait un plaisir de décrire l’existence de chacun des membres… La qualité du bouquin ne tient pas dans l’imaginaire et les rebondissements de l’histoire où l’auteur nous mène. C’est même de ce point de vue assez fade, au ras des pâquerettes, mais c’est ce qui fait la qualité même de l’œuvre, à savoir décrire le plus près possible des faits et gestes la vie de cette famille, de son entourage, d’une certaine société américaine d’aujourd’hui. L’auteur sait toutefois parsemer son histoire de quelques petits rebondissements, comme cet ami du couple, lui pas du tout attaché à une vie familiale, mais beaucoup plus à la gente féminine et pour lequel Madame a un faible depuis ses années d’étudiante où il y’eut un raté que chacun continue à avoir en tête et qu’on croit même vingt ans plus tard, chacun de son côté, que cela aurait pu changer le fil de leur existence… Et forcément… :mrgreen:

Au début de l’œuvre, je pensais que sous couvert d’un style très ramassé, très souple, très travaillé, il y’aurait une critique acerbe de ces démocrates de la Côte Est. Ironie il y’a, mais elle est très loin de celle d’un Tom Wolfe (lire le gauchisme de Park Avenue par exemple). Non, ce qu’il y’a de surprenant, c’est que l’auteur semble rentrer en totale empathie avec ses personnages et ce que j’ai trouvé d’assez décevant, c’est que si la critique affleure avec une très grande finesse de style, j’ai eu le sentiment que la finalité de cette longue histoire était de montrer que la voie de la sérénité retrouvée passait par… la résignation à son sort ! C’est particulièrement frappant dans l’histoire du fils, qui pour faire simple, réussit à quitter le domicile familial alors qu’il n’est pas majeur pour aller s’établir… dans la chambre de sa petite copine qui bien évidemment vit chez ses parents pendant deux ans (et dans le même quartier résidentiel que sa propre famille…). Puis arrivé à la fac s’éprend de la sœur de son meilleur pote (un canon à l’ironie mordante bien évidemment macquée à un fils de riche sans esprit…), arrive toutefois à la persuader de passer un week-end sur une plage exotique et qui dans la chambre au moment tant attendu perd tous ses moyens… Et hop retour à la fiancée initiale qu’on avait plus ou moins larguée pour une vie maritale sans aspérité ! Bien sûr il y'a le portrait ici d'un personnage sans caractère, mais plus que l'ironie de la situation, on sent vraiment souhaite faire partager le bonheur de cette destinée pitoyable...

Comme Franzen est beaucoup plus doué que moi pour raconter les histoires, voici justement un extrait que j’ai trouvé assez jubilatoire de l’histoire du jeune homme en question. On y apprécie un style vraiment intéressant ainsi une ironie tout en nuances quasiment à fleuret moucheté…

« Durant son enfance et son adolescence, à St Paul, Joey Berglund avait reçu d’innombrables assurances que sa vie était placée sous le signe de la chance. La façon dont les demis offensifs vedettes parlent d’une longue course à travers la défense adverse, cette impression de couper et de se faufiler à toute vitesse à travers une défense qui avance au ralenti, avec le terrain tout aussi visible et aussi immédiatement compréhensible que dans un jeu vidéo niveau débutant, voilà comment chaque facette de sa vie lui était apparue durant ses dix-huit premières années. Le monde se donnait à lui et il était content de le prendre. Il arriva comme étudiant de première année à Charlottesville avec les vêtements idéaux et la coupe de cheveux idéale, pour découvrir que la fac l’avait associé avec un coloc parfait de NoVa (comme les gens du coin appelaient les banlieues de Washington situées en Virginie). Pendant deux semaines et demie, la fac lui sembla être une extension du monde tel qu’il l’avait toujours connu, mais en mieux. Il en était si convaincu-prenant tout cela tellement pour acquis-que le matin du 11 septembre il laissa Jonathan, son coloc, surveiller le World Trade Center et le Pentagone en flammes pour se dépêcher d’aller à son cours magistral d’éco niveau 2. Ce n’est qu’en arrivant au grand auditorium et en le trouvant désert qu’il comprit qu’un événement vraiment sérieux s’était produit.

Malgré tous ses efforts, durant les semaines et les mois qui ont suivi, il ne parvint pas à se souvenir de ce qu’il avait pu penser en traversant le campus à moitié désert. C’était tout à fait étrange pour lui de se retrouver comme ça sans aucune idée, et le profond chagrin qu’il ressentit alors, sur les marches du bâtiment de chimie, devint le terreau de son ressentiment très personnel envers les attaques terroristes. Plus tard, quand ses ennuis se firent plus importants, il eut l’impression que cette bonne fortune, que son enfance lui avait appris à considérer comme un droit de naissance, avait été bafouée par un coup de malchance d’un ordre supérieur, mauvais au point de ne pas en être réel. Il ne cessait d’attendre que cette erreur, cette imposture, soit mise à nu, et que le monde retrouve son ordre originel, pour qu’il puisse connaître l’expérience estudiantine à laquelle il s’était attendu. Lorsque cela ne se produisit pas, il devint la proie d’une colère dont l’objet spécifique se refusait à lui apparaître nettement. Le coupable, rétrospectivement, semblait presque être Ben Laden, mais pas tout à fait. Le coupable était quelque chose de plus profond, quelque chose qui n’était pas politique, une chose structurellement malveillante, comme la bosse du trottoir qui vous fait trébucher et atterrir sur le nez alors que vous vous promenez innocemment.

Dans les jours qui suivirent le 11 septembre, tout parut soudain extrêmement stupide à Joey. Il était stupide qu’une « Veillée » se tienne sans aucune raison pratique concevable, il était stupide que les gens continuent à regarder encore et encore les mêmes images du désastre, il était stupide que les types de la fraternité Chi Pi suspendent une bannière de « soutien » à leur bâtiment, il était stupide que le match de football contre Penn State soit annulé, il était stupide que tant d’étudiants quittent « Le Terrain » pour retrouver leurs familles (et il était stupide que tout le monde, à Virginia, dise « Le Terrain » plutôt que le « campus »). Les quatre voisins de palier démocrates de Joey avaient des discussions aussi interminables que stupides avec les vingt autres gars conservateurs, comme si quiconque se souciait de ce que des jeunes de dix huit ans pouvaient penser du Moyen-Orient. On fit bêtement tout un plat autour des étudiants qui avaient perdu des membres ou des amis de leur famille lors des attaques, comme si toutes les autres morts horribles qui ne cessaient de survenir dans le monde importaient moins, et il y eut des applaudissements stupides quand une voiturée d’étudiants de dernière année partit solennellement pour New York afin d’aider les sauveteurs à Ground Zero, comme s’il n’y avait pas déjà assez de gens à New York pour faire le boulot. Joey voulait juste que la vie normale reprenne au plus vite. Il avait l’impression d’avoir collé son vieux Discman contre un mur et que le laser avait sauté de la chanson qu’il écoutait pour une autre qu’il ne reconnaissait pas ou qu’il n’aimait pas, et qu’il ne pouvait plus arrêter l’engin. Il se sentit si esseulé, isolé, et en manque de son univers familier qu’il commit l’erreur assez grave de donner à Connie Monaghan l’autorisation de prendre un car Greyhound pour venir le voir à Charlottesville, mettant à mal un été de travail de terrassement pour la préparer à la rupture inévitable.

Tout l’été, il avait trimé pour convaincre Connie de l’importance de ne plus se voir pendant au moins neuf mois, afin de tester leurs sentiments. L’idée, c’était de se construire comme sujets indépendants et de voir si ces sujets indépendants pouvaient toujours s’entendre, mais pour Joey ce n’était pas davantage un « test » qu’une « expérience » de chimie au lycée pouvait être de la recherche. Connie allait rester dans le Minnesota tandis qu’il se lancerait dans une carrière dans les affaires et qu’il rencontrerait des filles plus exotiques, plus sophistiquées, avec de meilleures relations. C’est en tout cas ce qu’il avait imaginé avant le 11 septembre.

Il prit bien garde de planifier la visite de Connie pendant que Jonathan était rentré chez lui à NoVa pour une fête juive. Elle passa tout le week-end à camper sur le lit de Joey, son petit sac de voyage à ses pieds, rangeant chaque chose dans le sac dès qu’elle n’en avait plus besoin, comme pour laisser le moins de traces possible. Pendant que Joey tentait de lire Platon pour un cours du lundi matin, elle étudia soigneusement les visages de l’album de première année de Joey, en riant de ceux qui avaient des expressions bizarres ou des noms ridicules. Bailey Bodsworth, Crampton Ott, Taylor Tuttle. Selon les calculs infaillibles de Joey, ils firent l’amour huit fois en quarante heures, tout en se défonçant à la marijuana hydroponique qu’elle avait apportée. Lorsque vint l’heure de la raccompagner à la gare routière, il téléchargea quelques chansons nouvelles sur le MP3 de Connie, pour les pénibles vingt heures du voyage retour vers le Minnesota. La déplorable vérité, c’est qu’il se sentait responsable d’elle, mais qu’il était sûr qu’il devait malgré tout rompre avec elle, et il ne savait pas comment faire".
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Les liaisons dangereuses par Choderlos de Laclos

Ouvrage classique dont beaucoup connaissent la trame par le cinéma qui l’a souvent mis en scène, on y va comme souvent voir si l’histoire que l’on a vu est fidèle à l’œuvre originale. En fait, il ne faut pas y aller pour retrouver une trame, mais bien un style, un esprit qui forcément détonnent par rapport à ce que l’on a vu.

Ce livre est en fait l’assemblage d’une centaine de lettres que les personnages s’échangent pour en faire une sorte de conte moral sur l’époque d’avant la révolution. Un monde charmant où tout ne semble tourné qu’autour d’une obsession : la bagatelle… Pour autant, l’œuvre de Laclos n’est pas si libertine que cela. Le 18ème révèle des récits beaucoup plus lestes que celui-ci. Ici, l’enjeu n’est pas la chose, mais bien davantage les mille et un stratagèmes qui y conduisent. La profondeur de l’ouvrage tient dans la mise à nu impitoyable de l’orgueil des hommes et de la vanité des femmes…

Ce serait ouvrir une porte ouverte que de dire que deux personnages dominent l’œuvre et que ces types ont traversé le temps : celui du comte de Valmont et de la Marquise de Merteuil. Deux libertins scandaleux qui jouent avec la morale et l’hypocrisie de leur époque. Deux anciens amants qui se racontent leurs aventures, qui sont souvent une façon non pas de parvenir à leur bon plaisir, mais bien davantage de mettre en scène l’estime qu’ils se font d’eux mêmes. Car ces deux esprits supérieurs jouent avec leurs semblables, avec le monde qui est en fait leur scène, s’en amusent, se délectent de leurs façons mais l’estime de soi a ceci de friable qu’elle conduit le plus souvent à l’auto-destruction. Ce n’est pas tant les aventures des deux libertins qui va finir par les conduire à leur perte, que la volonté contrariée d’un Valmont pour reconquérir son ancienne maîtresse qui va révéler toute l’inconduite des deux personnages et à une fin bien morale qu’elle en serait presque décevante après cinq cent pages de vilenies débitées de façon jubilatoires…

N’ayant pas véritablement de lettres qui aient retenu mon attention et qui ne soit trop longue à restituer ici, il y’a en revanche une remarque qui a particulièrement retenu mon attention et dont les casanova de supérettes devraient se souvenir procédant du valet de Valmont: « Monsieur sait sûrement mieux que moi, me dit-il, que coucher avec une fille, ce n’est que lui faire faire ce qui lui plaît : de là à lui faire faire ce que nous voulons, il y a souvent bien loin »
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Message par awaremannn »

Un tres grand livre les liaisons dangereuses
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My syster, my love par Joyce Carol Oates

C’était l’un des derniers romans de la célèbre écrivaine américaine, toujours pas nobélisée, mais il est vrai qu’elle est tellement prolixe, que depuis il y’en a eu plein d’autres…
C’est un roman tiré d’un fait divers qui a passionné les Etats-Unis il y’a quelques années : celui du meurtre d’une petite patineuse prodige dont on a jamais retrouvé l’assassin et dont on n’a jamais su s’il venait de l’extérieur de la maison familiale ou de l’intérieur…

Partant de cette histoire sordide, Joyce Carol Oates va en faire sa sauce, s’imaginer l’histoire de cette famille, en faire un roman au travers essentiellement des yeux du frère aîné et en faire un condensé de toutes les frustrations, illusions et autres mille petites choses inavouables que sont l’essentiel de l’existence de l’upper class américaine.

J’ai toujours un peu de mal à retrouver le brio des « Chutes » qui m’avait fait découvrir cette romancière. L’histoire est moins fluide, l’auteur fait des allers retours, écrit d’abord le journal d’un adolescent avant de revenir à une narration plus classique. Mais il y’a toujours ses grandes lignes de force : sa capacité à écrire et à faire progresser une histoire, franchement assez impressionnante puisqu’elle pisse littéralement du roman : il ne se passe pas une année sans qu’elle ne publie un pavé de 700 pages… Sa capacité aussi et surtout à créer des personnages qui révèlent le fond d’une société. C’est un fond qui se révèle sans la moindre aménité… Elle est d’une ironie mordante sur tout ce qui touche aux mensonges d’un couple, aux valeurs matérialistes qui avilissent l’humanité, à mettre en lumière aussi la solitude de ses personnages qui pourtant sont toujours membres de cercles de famille, comme si rien ne pouvait les protéger et surtout pas leur entourage... Ecriture révélant une grande finesse psychologique permettant à ses personnages de se mouvoir dans la fiction en toute autonomie….

Et puis il y’a cette fêlure qui touche aux enfants, leur difficulté à se construire quand ils sont la proie dès leur plus jeune âge des mensonges des adultes, qui les renvoient en les culpabilisant pour avoir la paix, simplement parce qu’eux mêmes, qui sont censés être en âge d’affronter l’existence, n’en sont pas capables et ne font qu’en vivre un ersatz ridicule par la représentation qu’ils voudraient avoir d’eux mêmes, en parfaite symbiose avec la win attitude…Cette difficulté à construire son identité et à se projeter dans l’existence était déjà très présente dans « les Chutes » mais dans un contexte moins tragique. Là, le gamin se retrouve être la victime expiatoire d’adultes obnubilés par la projection de leur ego jusqu’à en perdre la plus petite trace de compassion alors même que la religion semble être au centre de leurs valeurs familiales… Quant à l’existence de sa petite sœur…

J’ai longuement hésité à reproduire un extrait de ce bouquin. Joyce Carol Oates n’est pas véritablement un très grand écrivain en ce sens que les thèmes sur lesquels elle surfe n’ont rien de très original et son style n’est guère identifiable entre bien d’autres écrivains. Là où l’on reconnaît, en ne citant qu’un seul paragraphe, un Faulkner, un Hemingway ou un Easton Ellis, il n’y a pas grand chose qui lui permette de se faire repérer. C’est pour cela qu’elle a besoin d’espace pour s’exprimer car son originalité et sa force viennent de l’exemplarité des histoires qu’elle raconte. Ses personnages elle ne les lâche pas, elle les présente, les tord, sont assaillis par toute une série de petits événements qui vont finir par leur faire révéler leur identité profonde… Donc citer un petit passage dans une histoire immense est peu révélatrice, si ce n’est pour permettre d’identifier quelques thèmes saisis à la volée, mais qui en eux mêmes n’ont pas véritablement d’intérêt sortis de l’assemblage où ils donnent toute leur puissance évocatrice. C’est à cela qu’on reconnaît les très grands romanciers qui ne sont pas nécessairement de grands écrivains.


« De même que la vie adulte (sexuelle/conjugale) a ses proverbiales « lunes de miel »- des intermèdes de paix, de calme idyllique, d’attente follement romantiques et naïves- la vie de famille a aussi les siennes, rétrospectivement précieuses (quoique déchirantes !). Je pense à ces quelques semaines de décembre 1996 à janvier 1997 où, comme une goélette des temps anciens poussée par des vents cléments dans des eaux tropicales apparemment tranquilles, les Rampike entrèrent dans l’une de ces périodes, quand papa revint en jurant d’être un père et un époux « bougrement bon » .

Alors que naguère papa restait tard au bureau ou était sans arrêt en voyage, mystérieusement, il rentrait dîner avec sa famille tous les soirs de la semaine ou presque. Papa était à la maison la plupart des week-end. Si papa ne devait avoir ne serait-ce qu’une demi-heure de retard, papa téléphonait ! Papa passionné embrassait, papa étreignait et papa rapportait des cadeaux surprises du gigantesque centre commercial Vast Valley qui était sur le chemin de son bureau d’Univers Bio-Tech- « Juste parce que papa vous aime ». Papa réjoui passait « des moments de qualité » avec sa famille chaque fois que possible et prévoyait d’en passer encore davantage : « que pensez-vous de la luxuriante île tropicale de Saint-Bart pour les vacances de février ? Les Rampike ont réservé leur séjour dans un guest-house pieds dans l’eau ». Et : « au mois de juillet, le Grand Teton ! » Ce fut un temps de projets paternels. Car Bix Rampike était le plus américain des papas, grouillant de projets pareils à des vers dans un cadavre en décomposition.

Le projet le plus excitant de papa était celui d’une nouvelle maison !

« Même une maison fantastique comme la nôtre, dans un cadre fantastique, peut être dépassée. Il est dans la nature de l’homo sapiens d’aller de l’avant. »
Papa frotta vigoureusement ses grosses mains. Une lumière laser dans les yeux expressifs de papa à la perspective d’aller de l’avant.

Le premier week-end suivant son retour, après le service religieux du dimanche, papa étala sur la table de la salle à manger d’immenses feuilles de dessins d’architecture, qu’il fit admirer à sa famille émerveillée. « L’architecte n’est autre que H.H. Stuart de New York, celui qui a construit la maison des Steadley à Fair Hills. Et j’ai l’emplacement rêvé pour la maison rêvée : deux hectares de terrain de premier ordre dans les « collines verdoyantes » d’East Quaker Heights, New Jersey .»

Maman bégaya : « Mais, Bix… Tu ne parles pas sérieusement ! Tu ne peux pas vouloir que nous quittions Fair Hills ! Nous y connaissons des gens tellement merveilleux, nous avons été si bien accueillis ! Quaker Heights doit être à plus de trente kilomètres d’ici, nous n’y connaîtrions personne. Oh ! » Maman grimaça comme si on l’avait frappée au cœur.

Pendant le service dominical, à la Trinité, maman se laissait souvent submerger par l’émotion, parfois jusqu’aux larmes; Skyler était un peu gêné par cette mère à la tenue et au maquillage glamour qui écoutait intensément les aimables sermons ronronnants du révérend Higley et se levait avec empressement de son banc pour aller « communier », le visage rayonnant de joie et de reconnaissance. A présent, maman était si agitée que papa éprouva le besoin d’adresser à Bliss et Skyler un clin d’œil pour signaler maman déraille hein ? Mais papa expliqua d’un ton respectueux à maman que, si il était sérieux : « il se pourrait même que j’ai entamé des négociations préliminaires pour acheter le terrain, chérie. Quaker Heights est très huppé, Bets. Si c’est le voisinage qui te préoccupe. Et tu n’y connaîtras pas personne, parce que ton entreprenant petit mari connaît déjà certains personnages clés de Quaker Heights, mes nouveaux associés chez Univers, qui me poussent fortement à ce déménagement. Verstayeh ? »

Même Skyler avait entendu parler de Quaker Heights, l’un de ces villages XVIIIème « pittoresques » et « historiques » du New Jersey où le Général Georges Washington et ses hommes avaient été « cantonnés », et qui étaient maintenant entièrement occupés et gouvernés par de riches Blancs.

Une écharde de malaise perça le cœur de Skyler : de nouveaux goûters-rencontres ? Il s’enfuirait de chez lui.

Maman essayait de parler avec calme : « Je sais bien que Quaker Heights est un peu plus près du siège d’Univers que Fair Hills, Bix, mais… pense à nos chers amis, ici ! Aux clubs merveilleux dont nous sommes membres, à nos amis si précieux de l’épiscopalienne. Tout le monde ici connaît Bliss, tout le monde est fier du renom qu’elle donne à notre ville. Et tu es si populaire, Bix ! Toutes les hôtesses de Fair Hills auront le cœur brisé si tu t’en vas ! J’ai travaillé tellement dur, Bix. J’ai travaillé comme un chien. Tu ne peux pas tout détruire de nouveau. Tu ne peux pas me faire repartir de zéro encore une fois. La carrière de Bliss va bientôt devenir « nationale » et exiger encore plus de mon temps. Tu sais à quel point notre déménagement à Fair Hills m’a traumatisée, Bix. Personne ne m’aimait, je souffrais d’un « isolement existentiel », le Dr Stadtskruller pense que mes migraines sont dues en partie au « traumatisme non assimilé » de ce déménagement au moment où je venais d’avoir un… un bébé. » Maman jeta un regard vers Skyler, puis vers Bliss, comme pour déterminer lequel des deux avait été ce bébé gêneur. « Et Skyler est très attaché à son école ! Et Bliss a tant d’amis et d’admirateurs ici ! Pourquoi ne pas faire construire une nouvelle maison à Fair Hills, Bix ? Il y’a des terrains à vendre du côté de Woodsmoke Drive, les Frass viennent d’y faire construire un spectaculaire manoir normand sur près de deux hectares, et Glenna O’Striker me disait… »

Avec patience papa dit : « Nous discuterons de l’emplacement une autre fois chérie, quand nous serons moins dans l’émotif. » Une ombre de fureur sembla passer sur le visage de papa et s’évanouit presque trop vite pour être remarquée.

Skyler lança un regard noir à maman. Voulait-elle que papa les quitte à nouveau ?

Il dit très vite : « cette maison a l’air vraiment cool, papa. Ce doit être une McMansion. »

Mais sa remarque était gouche, il le comprit tout de suite parce que papa corrigea avec un rire sec : « ce n’est pas une McManson, fiston. Le cabinet d’architecte auquel j’ai fait appel ne commet pas ce genre de construction. La nôtre sera une maison à deux niveaux totalement originale, de style « Chesterfield contemporain », rien à voir avec les cubes en série, grands comme des supermarchés. C’est la maison de Bix Rampike, le présent de papa à sa famille ».

Maman dit d’un ton hésitant : « c’est certainement une… une merveilleuse surprise… mais… tu ne crois pas que tu aurais dû me consulter, Bix ? J’aurais peut être pu discuter de ce projet avec toi, et avec l’architecte ?
-Tu « discuteras » tout ton soûl avec l’architecte, Betsey. Et avec ses assistants, il y’a un bataillon d’assistants chez H.H Stuart. Mais méfie toi : les architectes facturent à l’heure. Quand l’un des types de l’équipe t’appelle, te dit « bonjour » et te demande comment tu vas, rappelle-toi qu’il marche au compteur et que, si tu papotes, tu paies. » Papa eut un petit rire rauque, mais il y’avait une note d’avertissement dans sa voix.

-Et avons nous les moyens de nous offrir une maison de cette taille, Bix ? Et autant de terrain, à Quaker Heights ? Je sais que tu gagnes plus d’argent chez Univers que chez Scor, mais….
-« Plus d’argent » ? Tu plaisantes, chérie. ?
-Mais… Je croyais…
-Bien sûr que je gagne « plus d’argent » chez Univers, Betsey. Pourquoi crois-tu que j’ai quitté Scor où j’avais un poste fantastique ? Pour une réduction de salaire ? La ligne de touche- et Skyler doit en prendre bonne note pour l’avenir- c’est que le salaire n’est qu’une fraction du revenu d’un cadre. Vu l’accord que Bix Rampike a conclu avec Univers, je pourrais même m’en passer. La grosse galette, G-R-O-deux S-E, ce sont les bonus, les stock options, les actions gratuites, les « avantages ». Et avec des investissements à imposition différée dans un secteur de pointe comme les bio-technologies, je te garantis que ce ne sont pas des miettes. En tant que plus jeune cadre d’Univers, Bix Rampike est un peu comme le sportif le plus populaire du lycée, et sans prétendre mériter cette estime, je compte bien être à la hauteur des attentes de mes aînés, et mieux que ça. Sacrément mieux ! « Ma famille passe en premier », voilà ce que j’ai déclaré quand on m’a proposé ce poste, et « Homo homin lupus » - la devise de mon père, qui veut dire en grec : « l’homme est l’ami du loup ». Ce qui signifie qu’un homme doit être « suffisamment homme » pour accepter le sang de loup qu’il a dans ses veines, et l’exploiter. Ça les a impressionnés, tu peux me croire. »
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En finir avec Eddy Bellegueule, par Edouard Louis.

Je ne sais plus où mais j’avais vu ce titre de bouquin. Hier à l’hyper, en pensant totalement par hasard dans le rayon bouquins où je ne vais jamais, je tombe dessus… Numéro 1 des ventes… Je prends la quatrième de couverture, vois que le type qui a écrit ça a 21 ans, m’en empare et profite du beau soleil printanier pour l’avaler en trois heures sur un banc…

Je n’ai pas d’a priori sur les bouquins qui se vendent bien, on peut tomber sur des catastrophes, genre Foenkinos (mais je suis peut être injuste, je n’ai pas osé aller au delà de la Délicatesse que j’ai trouvé creux à faire peur…), ou des bonnes surprises comme la vérité sur l’affaire Harry Québert, ou plus loin dans le temps, sur les Bienveillantes. Dans le genre petit génie, je n’avais pas détesté Defalvard, même si son roman ne cassait pas trois pattes à un canard non plus….

Là, j’avoue avoir une grille de lecture en deux temps de cet ouvrage… Comme je l’ai dit, je l’ai lu sans écho, sans a priori, tel quel, en me faisant ma propre idée, ensuite je suis allé voir qui était Edouard Louis, d’où il venait, ce qu’était ce premier roman, et forcément, ça a fortement nuancé mon analyse de l’œuvre…

A brûle pourpoint, à la lecture, il m’est apparu que ce roman avait beaucoup des qualités et des défauts de celui de Defalvard, à savoir, un auteur jeune qui a beaucoup lu, qui a d’indéniables qualités de style et d’écriture, mais qui n’arrivait pas à donner du corps à son histoire, à ses personnages. A une exception notoire… Là où Defalvard campait un personnage de papier, celui d’Edouard Louis, dans son expérience de la sexualité, sentait lui beaucoup plus le réel, le vécu… Ce qui était beaucoup plus irréel, c’est le monde qu’il décrivait. Très longtemps, je n’ai pas du tout ressenti la réalité de la campagne picarde qu’il décrivait, ni du monde ouvrier dans lequel son héros se débat, à la fin des années 90, mais j’ai eu la très nette impression qu’il faisait du Germinal à près d’un siècle et demi de distance… Car c’est bien cela l’histoire de ce roman, celle d’un garçon en totale inadéquation avec sa famille, à ses mœurs, ses centres d’intérêt et qui par l’étude veut la fuir et qui explique pourquoi il la hait.

Je m’en serais tenu à cette première impression si je n’avais pas ensuite lu qui était Edouard Louis… Loin d’être un œuvre de fiction d’un jeune homme doué qui fantasme la réalité ouvrière d’une campagne déshéritée tel qu’il se l’imagine, j’ai pris conscience qu’il s’agissait en fait d’une œuvre d’auto-fiction où Eddy Bellegueule/Edouard Louis, fait du Gide ou du Vian mode j’irais cracher sur vos tombes à l’endroit de sa propre famille…

Et là j’ai plus de mal… Parce qu’aux insuffisances du jeune homme doué pardonnables, là, ce genre de bouquin censé parlé d’un milieu et d’une vie qu’il connaît par cœur me paraît d’une indigente faiblesse… J’aurais attendu mieux, tellement mieux, d’un gars capable de sortir de ce milieu par le haut en décrochant Normale, que ce tissu pas vraiment haineux, mais limite condescendant, de sa propre identité… Qu’un parigot qui n’aurait jamais traversé le périph puisse accoucher de cette prose, telle est un peu l’idée que je me faisais de l’auteur une fois le bouquin refermé… Mais là, quand on a vécu, ce qu’il a vécu, n’être en capacité de ne faire de la classe ouvrière, qu’un portrait de gens éminemment racistes, obtus, débiles voire alcooliques, là où il y’a avait vraiment matière certainement à faire autre chose est vraiment décevant. Non que ce qu’il décrit ne soit pas vrai, mais qu’il aurait vraiment été intéressant de descendre plus en profondeur dans ce constat, d’en analyser les causes, la vérité des êtres, et non pas à s’en tenir à de l’épate de bobo qui découvre, grand Dieu, qu’il y’a des gens violents qui nous entourent qui n’aiment ni les tafioles, encore moins les crouilles et les noirs et, même si ça n’est jamais écrit, pas étonnant qu’avec ça le FN dépasse 30% dans ces coins sordides….
Bref, qu’il soit aussi vrai dans la description d’un milieu, qu’il réussit à l’être dans la description de la souffrance qu’a été celle de sa découverte et de l’acceptation de son homosexualité. Comme si il se sentait totalement libéré de celle-ci et qu’il arrive à en parler en termes justes et pertinents, alors qu’il n’arrive absolument pas à faire celui du milieu dont il procède et n’arrive qu’à s’en tenir qu’à des images réalistes, certes, mais dont on ne sent pour autant aucune profondeur d’analyse… Comme si le jeune homme doué allait désormais se contenter d’exister sur la scène médiatique et que finalement, ce bouquin n’aura été que le moyen d’assouvir une ambition dévorante bien plus que celle de montrer des qualités d’écrivain….

Pour cela, il faudra qu’il démontre qu’il est capable de parler d’autre chose que de lui même (encore que Marcel Proust n’a jamais fait que cela, alors….), d’arriver à se détacher de lui et parler de la société contemporaine avec son propre regard, pas avec ce sentiment désagréable que c’est avec le regard du milieu qui est désormais le sien qu’il regarde celui dont il procède…

Les premières pages de l’œuvre, pour montrer que le gamin a quand même du style…

« De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement, la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître.

Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché prends ça dans ta gueule.

Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s’écoule de mon œil jusqu’à mes lèvres, jusqu’à entrer dans ma bouche. Je n’ose pas l’essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d’un revers de manche. Il suffirait d’une fraction de seconde, d’un geste minuscule pour que le crachat n’entre pas en contact avec mes lèvres, mais je ne le fais pas, de peur qu’ils se sentent offensés, de peur qu’ils s’énervent encore un peu plus.

Je n’imaginais pas qu’ils le feraient. La violence ne m’était pourtant pas étrangère, loin de là. J’avais depuis toujours, aussi loin que remontent mes souvenirs, vu mon père ivre se battre à la sortie du café contre d’autres hommes ivres, leur casser le nez ou les dents. Des hommes qui avaient regardé ma mère avec trop d’insistance et mon père, sous l’emprise de l’alcool, qui fulminait Tu te prends pour qui à regarder ma femme comme cela sale bâtard. Ma mère qui essayait de le calmer Calme toi chéri, calme toi, mais dont les protestations étaient ignorées. Les copains de mon père, qui à un moment finissaient forcément par intervenir, c’était la règle, c’était ça aussi être un vrai ami, un bon copain, se jeter dans la bataille pour séparer mon père et l’autre, la victime de sa saoulerie au visage désormais couvert de plaies. Je voyais mon père, lorsqu’un de nos chats mettait au monde des petits, glisser les chatons tout juste nés dans un sac plastique de supermarché et claquer le sac contre une bordure de béton jusqu’à ce que le sac se remplisse de sang et que les miaulements cessent. Je l’avais vu égorger des cochons dans le jardin, boire le sang encore chaud qu’il extrayait pour en faire du boudin ( le sang sur les lèvres, son menton, son tee-shirt) C’est ça qu’est le meilleur, c’est le sang quand il vient juste de sortir de la bête qui crève. Les cris du cochon agonisant quand mon père sectionnait sa trachée-artère étaient audibles dans tout le village.

J’avais dix ans, j’étais nouveau au collège. Quand ils sont apparus dans le couloir je ne les connaissais pas. J’ignorais jusqu’à leur prénom, ce qui n’était pas fréquent dans ce petit établissement scolaire d’à peine deux cents élèves où tout le monde apprenait vite à se connaître. Leur démarche était lente, ils étaient souriants, ils ne dégageaient aucune agressivité, si bien que j’ai d’abord pensé qu’ils venaient faire connaissance. Mais pourquoi les grands venaient-ils me parler à moi qui étais nouveau ? La cour de récréation fonctionnait de la même manière que le reste du monde : les grands ne côtoyaient pas les petits. Ma mère le disait en parlant des ouvriers Nous les petits on intéresse personne, surtout pas les grands bourges.

Dans le couloir ils m’ont demandé qui j’étais, si c’était bien moi Bellegueule, celui dont tout le monde parlait. Ils m’ont posé cette question que je me suis répétée ,ensuite, inlassablement, des mois, des années, C’est toi le pédé ?

En la prononçant il l’avaient inscrite en moi pour toujours tel un stigmate, ces marques que les Grecs gravaient au fer rouge ou au couteau sur le corps des individus déviants, dangereux pour la communauté. L’impossibilité de m’en défaire. C’est la surprise qui m’a traversé, quand bien même ce n’était pas la première fois qu’on me disait une chose pareille. On ne s’habitue jamais à l’injure.

Un sentiment d’impuissance, de perte d’équilibre. J’ai souri- et le mot pédé qui résonnait, explosait dans ma tête, palpitait en moi à la fréquence de mon rythme cardiaque. »
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Alexdu27 »

"Bille en tête" d'Alexandre Jardin
Chaque famille a son vilain canard. A la maison, ce rôle me revenait de droit. J'y voyais une distincton. En contrepartie de cet avantage, je fus expédié à Evreux en pension. Evreux, ville où l'on est sûr de n'avoir aucun destin.
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Message par chezwam83 »

Alexdu27 a écrit :"Bille en tête" d'Alexandre Jardin
Chaque famille a son vilain canard. A la maison, ce rôle me revenait de droit. J'y voyais une distincton. En contrepartie de cet avantage, je fus expédié à Evreux en pension. Evreux, ville où l'on est sûr de n'avoir aucun destin.
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Message par visiteur »

Alexdu27 a écrit :"Bille en tête" d'Alexandre Jardin
Chaque famille a son vilain canard. A la maison, ce rôle me revenait de droit. J'y voyais une distincton. En contrepartie de cet avantage, je fus expédié à Evreux en pension. Evreux, ville où l'on est sûr de n'avoir aucun destin.
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder

J'ai bien aimé ce bouquin qui est le pendant de dernier inventaire avant liquidation où il commentait le classement des œuvres du 20ème des lecteurs de la FNAC.
Là, ce qu'il présente, c'est son classement personnel des œuvres du 20ème et ceci à d'intéressant qu'il ne parle pas vraiment des classiques de l'époque. Enfin, pas totalement... On retrouve les Easton Ellis, Capote, Gide, Fitzgerald, Colette, Cocteau, Miller, Sallinger et j'en passe, mais à côté de ceux-là, il est fait une large part à des écrivains que je ne connaissais guère que de nom, voire pas du tout.

L'intérêt de ce petit bouquin, c'est pour les esprits incultes comme le mien, d'aller découvrir à travers 4-5 pages une critique qui donne envie d'aller voir un peu plus loin pour découvrir ces auteurs. Je pense à Echenoz, à Blondin, Bataille, Boulgakov, Mian Mian, Liberati, De Lillo, Neuhoff, Despentes, Djian, Matzneff, Simmons, Eugénides, Mc Inerney, Dustan, liste évidemment non exhaustive.

Pour dire les choses, on voit que les écrivains ci-dessus ne sont pas toujours totalement des inconnus et que dans la liste, les Français sont une part importante... Beigbeder s'intéresse surtout aux gens proches de son entourage immédiat... Mais j'ai pas trouvé inintéressant de se faire une idée d'œuvres méconnues pour découvrir peut être des choses originales.
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Message par visiteur »

Le Noeud de Vipères de François Mauriac

C'est un peu le pendant masculin de Thérèse Desquyroux. La peinture impitoyable de la bourgeoisie bordelaise catholique du premier tiers du 20ème. C'est aussi l'histoire d'un très beau personnage, supérieur, qui aura tout réussit dans sa vie sauf sa vie personnelle... Et qui à la veille de la clore essaye de se venger de son entourage.
C'est étouffant à l'image des étés orageux dans les pinèdes girondines... C'est sans doute un peu daté, même si la psychologie des personnages est intemporelle.
C'est une belle porte d'entrée pour rentrer dans le monde mauriacien en tout cas.
Hugues Marcel
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Message par Hugues Marcel »

visiteur a écrit :En finir avec Eddy Bellegueule, par Edouard Louis.

Je ne sais plus où mais j’avais vu ce titre de bouquin. Hier à l’hyper, en pensant totalement par hasard dans le rayon bouquins où je ne vais jamais, je tombe dessus… Numéro 1 des ventes… Je prends la quatrième de couverture, vois que le type qui a écrit ça a 21 ans, m’en empare et profite du beau soleil printanier pour l’avaler en trois heures sur un banc…

Ce bouquin est une odieuse arnaque médiatique.

Certe le jeune homme homosexuel a vécu dans le Nord... mais pas du tout dans une famille de gross beaufs analphabêtes comme ils, (lui, son éditeur, son attaché de presse...), le laissent entendre. Mais plutôt une famille suffisament ouverte d'esprit pour lui laisser faire Khâgne, (à Amiens je crois).
Face aux médias il joue à l'introverti, limite autiste, qui refuse les interviews, genre "j'suis trauma de mes blessures profondes", etc... Les critiques littéraires branchouilles adoooorent. Mais la famille très bourgeoise qui l'a pris sous aile durent sa prépa littéraire montre des photos du jeune homme en coqueluche des filles prout-ma-chère, en petit "populaire" locales des "soirées" post-ados... La maman de cette famille très bourgeoise en garde le souvenir d'un gamin ambitieux et égocentrique... "un petit Rastignac moderne" (sic).
C'est où alors, dans sa vraie vie, les viols par des cousins décébrés et alcooliques dignes des ploucs de "Delivrance" ? Dans ses phantasmes,sans doutes.
Alors qu'il écrive son roman OK. Mais qu'il le vende en roman auto-bio... là pas dac, parce que je ne te dis dans quel état est sa vraie famille aujourd'hui.
Ce mec est une petite merde et les critiques branchouilles qui connaissent sa vraie vie mais continuent de le soutenir et le justifier, eux, sont des grosses merdes.
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"Ce sont des jeunes du club qui ont pensé au logo pendant le stage des vacances de Paques" - Un de St-Vallier
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