[topic unique] LIVRE
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Re: [topic unique] LIVRE
J'ai entendu parlé de ce bouquin mais n'ai encore jamais lu cet écrivain. Si tu peux faire part de ton sentiment une fois le livre achevé (ou abandonné...
), ce sera avec plaisir
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Re: [topic unique] LIVRE
Le Camp des Saints par Jean Raspail
Je ne suis pas sûr que j’aurais jamais lu le moindre livre de Jean Raspail. Ecrivain relativement inconnu dont personne ne parle et dont la production laisse indifférent.
Un jour, dans une revue, je fus attiré par un article parlant de ce livre, un article élogieux n’hésitant pas à qualifier l’œuvre de visionnaire… Diantre, rien que ça… Quelque temps plus tard, je fus attiré par un autre commentaire, moins thuriféraire cette fois, qui parlait plutôt de dresser un autodafé pour l’ouvrage… Grand Dieu, comment un tel livre pouvait susciter de tels sentiments et rester dans la confidentialité…
Les semaines, les mois ont passé, j’en avais presque oublié jusqu’à l’existence et un jour où ma main vacillait entre la vie d’Henri Brulard et les Chroniques Italiennes de Stendhal, je ne sais quel mouvement de l’œil me fit poser mon regard sur un ouvrage un peu plus gros que les autres rangées du-dessus… et l’œuvre du sieur Raspail récemment rééditée se présenta face à moi…
C’était trop tentant… Il fallait que je m’encanaille… Que je vois ce dont il ressortait dans cet ouvrage… Mais qu’allait dire mon libraire ? Lui habitué à mon classicisme bon teint, acheter un tel ouvrage… Fallait-il que je prenne avec moi le dernier livre de Christine Angot pour faire bonne figure à la caisse ? En fait, tout piteux, je pris la sage décision de m’encagouler, de payer le libraire comme si de rien n’était et de partir en veillant bien que personne ne me suivait jusque chez moi pour me faire un subir un mauvais sort… Là, m’étant au préalable nanti d’une pince à linge sur le nez et tel Guillaume de Baskerville, prenant des gants pour ne pas m’empoisonner à la lecture de l’ouvrage, je me fis fort de le lire de la première à la dernière page…
Sans ennui, je l’avoue, ni sans grand enthousiasme non plus… De quoi s’agit-il ? En fait d’un cauchemar… Des rives lointaines du Gange, une foule misérable décide d’embarquer sur des rafiots tenant à peine la mer et de rejoindre les rivages où tout n’est que calme, luxe et volupté… Quand je dis foule, ça n’est pas les canots qui viennent s’échouer en Méditerranée avec 200 ou 300 malheureux à l’intérieur, non c’est pas moins d’un million de personnes qui viennent chercher bonheur… ou à tout le moins échapper à leur misère…
En quoi le livre prête-t-il à discussion ? En fait, contrairement à ce que l’on pourrait penser, en tout cas c’est ainsi que je l’ai interprété, ce n’est pas tant la dénonciation d’une immigration massive qui est l’objet du livre… Ce que l’auteur en revanche vomit littéralement, c’est la veulerie d’une société qui ne cherche rien d’autre que le confort matériel et se moque éperdument des valeurs qu’elle est sensée receler et ne voit aucun problème à les abandonner…. Ce bouquin, c’est mai juin 1940 revisité mais au lieu d’avoir les Nazis à l’œuvre, c’est une masse de misérables devant laquelle la société française n’aura rien d’autre à opposer que la lâcheté….
On voit bien que ce livre est… polémique… Faut-il tout de même ne pas oublier qu’il s’agit d’un roman. Et qu’en matière de littérature, toute vision, toute création, doit être lue comme telle, une vision fantasmatique créant une histoire…
La vision romanesque de l’auteur n’est pas mal du tout… L’histoire est pas mal menée, on suit l’intrigue facilement. Les caractères que l’auteur décrit sont bien évidemment manichéens, et il n’hésite pas à faire subir à ses têtes de Turcs le sort qu’il estime leur faire mériter…. Mais il fait subir aussi à ses « Saints » un mauvais sort final, victimes qu’ils sont des nouveaux « collabos »…
Il y’a une chose qui est parfaitement décrite dans ce roman, et à mon avis c’est sa principale force et intuition, c’est celui du processus irradiant les sociétés européennes et donc française en particulier, qui est la haine de soi qui est si présente dans toute une caste médiatique. S’il y’a bien un point fort dans l’ouvrage, c’est bien celui-ci et c’est d’ailleurs probablement ce trait qui lui vaut l’ostracisme qu’il subit bien plus que tout autre chose…
Maintenant il y’a une chose qui m’a gêné… Pas tellement le roman en lui même en fait, mais dans la réédition que j’ai achetée, l’auteur s’est amusé à écrire une préface. Assez satisfait de son travail, du succès d’édition que ce livre continue à avoir 40 ans après sa parution. Ceci est assez légitime. Mais ce qui me gêne nettement davantage, c’est de vouloir faire d’un roman une anticipation de la réalité de la France d’aujourd’hui… Or là, si le roman m’a pas mal amusé (arghhh…..), ce qui m’amuse encore le plus c’est bien qu’il est totalement déconnecté de la réalité… Et que vouloir faire coller une vision à une réalité relève d’un sacré déni de réalité justement…
D’invasion de la France il n’y a pas eu… Bon bien évidemment les mauvais esprits diront que ce fut une invasion au compte gouttes, non pas une centaine de navires déversant 800000 malheureux d’un coup, mais des centaines de milliers rentrant sur plusieurs décennies. Peut être, mais ce n’est pas le thème du roman. Le thème du roman, c’est comment devant une invasion massive, une société s’effondre d’elle même sur ces bases… Or que je sache, la société française fonctionne le plus normalement du monde, il y’a eu continuité de l’Etat, aucun exode intérieur, ni le moindre coup d’Etat…
Deuxième vision totalement in avérée : la misère des territoires d’où proviennent les migrants semble inscrite totalement dans le marbre. Que le premier exode décrit dans le roman n’est que le début d’un long processus puisque les territoires sont pauvres et le demeureront… Or, il se trouve que la terre que décrit Jean Raspail 40 ans plus tard, si elle reste pauvre, a quand même vu son niveau de vie considérablement évoluer et qu’à ce jour le sous continent indien possède une classe moyenne dont le nombre est en train de dépasser celui des sociétés européennes. Cette évolution liée à une mondialisation largement bénéfique pour les populations locales n’est absolument pas appréhendée par l’auteur, sa vision du développement du monde paraissant du coup totalement archaïque et qui si l’on était méchant, on irait même plus loin… L’Occident n’a pas le monopole de l’intelligence et de la création de richesses et du développement humain….
Enfin, il y’a un point très drôle qui montre combien l’auteur se fourvoie totalement lorsqu’il prétend faire coller son écrit au réel : sur un thème qui lui tient très à cœur, celui de la religion… Il n’a absolument pas pressenti d’une part, que la pression migratoire viendrait de territoires islamiques et que la collision de cette religion sur des territoires christianisés quoique dé sécularisés poseraient les problèmes qui se posent aujourd’hui. La nature de ces problèmes étant peut être d’ailleurs transitoires, le fondamentalisme islamique étant beaucoup moins virulent dans les années 70 qu’aujourd’hui, qui peut savoir ce qu’il en sera en 2050 ? Et d’autre part, s’il y’a bien un point d’une totale ironie ayant agi comme un boomerang sur l’auteur, c’est qu’il a affublé du nom de Benoit XVI (quelle prescience…) un cardinal élu évoluant dans la droite ligne de la théologie de la libération pour choisir le Pape de son roman totalement inféodé aux envahisseurs… On voit que là encore réalité et fiction ont fait bien mauvais ménage quand on connaît la philosophie du véritable Benoît XVI et de l’évolution de l’Eglise catholique….
Qu’est en fait que le Camp des Saints et pourquoi l’ouvrage suscite à la fois adhésion et rejet (à vrai dire de façon somme toute confidentielle…).
Le Camp des Saints est un ouvrage d’un réactionnaire, tout simplement. Une vision réactionnaire, c’est une vision qui fige une société dans un idéalisme désincarné, dans des valeurs qui certes existent mais qui sont comme cristallisées à tout jamais : la vision de Raspail est celle d’une France blanche, chrétienne et j’aurais même presque dit monarchiste mais l’histoire avait déjà fait son œuvre.
Mais le réactionnaire a aussi ceci de sympathique que s’il idéalise des valeurs qui sont certes fort présentes dans une société, sans nuance, il met en lumière les idées factices à l’œuvre qui le dégoûtent et qu’il entend bien combattre. De ce point de vue, la force de l’ouvrage tient vraiment dans la dénonciation de cette idéologie paraît-il progressiste qui n’est jamais que haine de soi et que je trouve tout aussi venéneuse que la réaction portée à l’incandescence…
Finalement si cet ouvrage a aujourd’hui la place (modeste) qui est la sienne et qu’il suscite autant de commentaires louangeurs et haineux, c’est qu’il ne fait que refléter ce qu’est la société française aujourd’hui : une société qui est incapable de s’inventer un présent ni encore moins un futur, arc boutée sur l’idéalisation d’un passé quand ce n’est pas son refoulement, prétendant incarner un modèle universaliste mais incapable d’engendrer la moindre confiance chez ses propres citoyens. Il symbolise cette crispation qui est en fait l’impuissance de cette société (largement extensible à l’Europe) à tout simplement s’interroger sur quelle est son identité, ses valeurs dans un monde où la mobilité des hommes n’a jamais été aussi importante mais où les règles de vie en collectivité répondent à des règles intemporelles et peu compatibles avec l’angélisme ambiant….
Les débats qui s’agitent autour de cette œuvre mineure ne font que refléter le conformisme de la pensée politique contemporaine, ce qui prêterait à sourire si la matière n’était pas inflammable à tout moment….
Je ne suis pas sûr que j’aurais jamais lu le moindre livre de Jean Raspail. Ecrivain relativement inconnu dont personne ne parle et dont la production laisse indifférent.
Un jour, dans une revue, je fus attiré par un article parlant de ce livre, un article élogieux n’hésitant pas à qualifier l’œuvre de visionnaire… Diantre, rien que ça… Quelque temps plus tard, je fus attiré par un autre commentaire, moins thuriféraire cette fois, qui parlait plutôt de dresser un autodafé pour l’ouvrage… Grand Dieu, comment un tel livre pouvait susciter de tels sentiments et rester dans la confidentialité…
Les semaines, les mois ont passé, j’en avais presque oublié jusqu’à l’existence et un jour où ma main vacillait entre la vie d’Henri Brulard et les Chroniques Italiennes de Stendhal, je ne sais quel mouvement de l’œil me fit poser mon regard sur un ouvrage un peu plus gros que les autres rangées du-dessus… et l’œuvre du sieur Raspail récemment rééditée se présenta face à moi…
C’était trop tentant… Il fallait que je m’encanaille… Que je vois ce dont il ressortait dans cet ouvrage… Mais qu’allait dire mon libraire ? Lui habitué à mon classicisme bon teint, acheter un tel ouvrage… Fallait-il que je prenne avec moi le dernier livre de Christine Angot pour faire bonne figure à la caisse ? En fait, tout piteux, je pris la sage décision de m’encagouler, de payer le libraire comme si de rien n’était et de partir en veillant bien que personne ne me suivait jusque chez moi pour me faire un subir un mauvais sort… Là, m’étant au préalable nanti d’une pince à linge sur le nez et tel Guillaume de Baskerville, prenant des gants pour ne pas m’empoisonner à la lecture de l’ouvrage, je me fis fort de le lire de la première à la dernière page…
Sans ennui, je l’avoue, ni sans grand enthousiasme non plus… De quoi s’agit-il ? En fait d’un cauchemar… Des rives lointaines du Gange, une foule misérable décide d’embarquer sur des rafiots tenant à peine la mer et de rejoindre les rivages où tout n’est que calme, luxe et volupté… Quand je dis foule, ça n’est pas les canots qui viennent s’échouer en Méditerranée avec 200 ou 300 malheureux à l’intérieur, non c’est pas moins d’un million de personnes qui viennent chercher bonheur… ou à tout le moins échapper à leur misère…
En quoi le livre prête-t-il à discussion ? En fait, contrairement à ce que l’on pourrait penser, en tout cas c’est ainsi que je l’ai interprété, ce n’est pas tant la dénonciation d’une immigration massive qui est l’objet du livre… Ce que l’auteur en revanche vomit littéralement, c’est la veulerie d’une société qui ne cherche rien d’autre que le confort matériel et se moque éperdument des valeurs qu’elle est sensée receler et ne voit aucun problème à les abandonner…. Ce bouquin, c’est mai juin 1940 revisité mais au lieu d’avoir les Nazis à l’œuvre, c’est une masse de misérables devant laquelle la société française n’aura rien d’autre à opposer que la lâcheté….
On voit bien que ce livre est… polémique… Faut-il tout de même ne pas oublier qu’il s’agit d’un roman. Et qu’en matière de littérature, toute vision, toute création, doit être lue comme telle, une vision fantasmatique créant une histoire…
La vision romanesque de l’auteur n’est pas mal du tout… L’histoire est pas mal menée, on suit l’intrigue facilement. Les caractères que l’auteur décrit sont bien évidemment manichéens, et il n’hésite pas à faire subir à ses têtes de Turcs le sort qu’il estime leur faire mériter…. Mais il fait subir aussi à ses « Saints » un mauvais sort final, victimes qu’ils sont des nouveaux « collabos »…
Il y’a une chose qui est parfaitement décrite dans ce roman, et à mon avis c’est sa principale force et intuition, c’est celui du processus irradiant les sociétés européennes et donc française en particulier, qui est la haine de soi qui est si présente dans toute une caste médiatique. S’il y’a bien un point fort dans l’ouvrage, c’est bien celui-ci et c’est d’ailleurs probablement ce trait qui lui vaut l’ostracisme qu’il subit bien plus que tout autre chose…
Maintenant il y’a une chose qui m’a gêné… Pas tellement le roman en lui même en fait, mais dans la réédition que j’ai achetée, l’auteur s’est amusé à écrire une préface. Assez satisfait de son travail, du succès d’édition que ce livre continue à avoir 40 ans après sa parution. Ceci est assez légitime. Mais ce qui me gêne nettement davantage, c’est de vouloir faire d’un roman une anticipation de la réalité de la France d’aujourd’hui… Or là, si le roman m’a pas mal amusé (arghhh…..), ce qui m’amuse encore le plus c’est bien qu’il est totalement déconnecté de la réalité… Et que vouloir faire coller une vision à une réalité relève d’un sacré déni de réalité justement…
D’invasion de la France il n’y a pas eu… Bon bien évidemment les mauvais esprits diront que ce fut une invasion au compte gouttes, non pas une centaine de navires déversant 800000 malheureux d’un coup, mais des centaines de milliers rentrant sur plusieurs décennies. Peut être, mais ce n’est pas le thème du roman. Le thème du roman, c’est comment devant une invasion massive, une société s’effondre d’elle même sur ces bases… Or que je sache, la société française fonctionne le plus normalement du monde, il y’a eu continuité de l’Etat, aucun exode intérieur, ni le moindre coup d’Etat…
Deuxième vision totalement in avérée : la misère des territoires d’où proviennent les migrants semble inscrite totalement dans le marbre. Que le premier exode décrit dans le roman n’est que le début d’un long processus puisque les territoires sont pauvres et le demeureront… Or, il se trouve que la terre que décrit Jean Raspail 40 ans plus tard, si elle reste pauvre, a quand même vu son niveau de vie considérablement évoluer et qu’à ce jour le sous continent indien possède une classe moyenne dont le nombre est en train de dépasser celui des sociétés européennes. Cette évolution liée à une mondialisation largement bénéfique pour les populations locales n’est absolument pas appréhendée par l’auteur, sa vision du développement du monde paraissant du coup totalement archaïque et qui si l’on était méchant, on irait même plus loin… L’Occident n’a pas le monopole de l’intelligence et de la création de richesses et du développement humain….
Enfin, il y’a un point très drôle qui montre combien l’auteur se fourvoie totalement lorsqu’il prétend faire coller son écrit au réel : sur un thème qui lui tient très à cœur, celui de la religion… Il n’a absolument pas pressenti d’une part, que la pression migratoire viendrait de territoires islamiques et que la collision de cette religion sur des territoires christianisés quoique dé sécularisés poseraient les problèmes qui se posent aujourd’hui. La nature de ces problèmes étant peut être d’ailleurs transitoires, le fondamentalisme islamique étant beaucoup moins virulent dans les années 70 qu’aujourd’hui, qui peut savoir ce qu’il en sera en 2050 ? Et d’autre part, s’il y’a bien un point d’une totale ironie ayant agi comme un boomerang sur l’auteur, c’est qu’il a affublé du nom de Benoit XVI (quelle prescience…) un cardinal élu évoluant dans la droite ligne de la théologie de la libération pour choisir le Pape de son roman totalement inféodé aux envahisseurs… On voit que là encore réalité et fiction ont fait bien mauvais ménage quand on connaît la philosophie du véritable Benoît XVI et de l’évolution de l’Eglise catholique….
Qu’est en fait que le Camp des Saints et pourquoi l’ouvrage suscite à la fois adhésion et rejet (à vrai dire de façon somme toute confidentielle…).
Le Camp des Saints est un ouvrage d’un réactionnaire, tout simplement. Une vision réactionnaire, c’est une vision qui fige une société dans un idéalisme désincarné, dans des valeurs qui certes existent mais qui sont comme cristallisées à tout jamais : la vision de Raspail est celle d’une France blanche, chrétienne et j’aurais même presque dit monarchiste mais l’histoire avait déjà fait son œuvre.
Mais le réactionnaire a aussi ceci de sympathique que s’il idéalise des valeurs qui sont certes fort présentes dans une société, sans nuance, il met en lumière les idées factices à l’œuvre qui le dégoûtent et qu’il entend bien combattre. De ce point de vue, la force de l’ouvrage tient vraiment dans la dénonciation de cette idéologie paraît-il progressiste qui n’est jamais que haine de soi et que je trouve tout aussi venéneuse que la réaction portée à l’incandescence…
Finalement si cet ouvrage a aujourd’hui la place (modeste) qui est la sienne et qu’il suscite autant de commentaires louangeurs et haineux, c’est qu’il ne fait que refléter ce qu’est la société française aujourd’hui : une société qui est incapable de s’inventer un présent ni encore moins un futur, arc boutée sur l’idéalisation d’un passé quand ce n’est pas son refoulement, prétendant incarner un modèle universaliste mais incapable d’engendrer la moindre confiance chez ses propres citoyens. Il symbolise cette crispation qui est en fait l’impuissance de cette société (largement extensible à l’Europe) à tout simplement s’interroger sur quelle est son identité, ses valeurs dans un monde où la mobilité des hommes n’a jamais été aussi importante mais où les règles de vie en collectivité répondent à des règles intemporelles et peu compatibles avec l’angélisme ambiant….
Les débats qui s’agitent autour de cette œuvre mineure ne font que refléter le conformisme de la pensée politique contemporaine, ce qui prêterait à sourire si la matière n’était pas inflammable à tout moment….
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Plongeon
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Re: [topic unique] LIVRE
le dernier astérix...de la merde...comme les derniers lucky luke...ils se fatiguent pas beaucoup avec le scénario...ils essayent juste de milker la cow...lamentable...
Goscinny doit se retourner dans sa tombe...
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Hugues Marcel
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Re: [topic unique] LIVRE
Ça fait plus de 30 ans qu'Atérix et Lucky Luke n'ont plus le moindre intérêt mais se vendent de plus en plus.Plongeon a écrit :le dernier astérix...de la merde...comme les derniers lucky luke...ils se fatiguent pas beaucoup avec le scénario...ils essayent juste de milker la cow...lamentable...
Goscinny doit se retourner dans sa tombe...
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"Ce sont des jeunes du club qui ont pensé au logo pendant le stage des vacances de Paques" - Un de St-Vallier
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Plongeon
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Re: [topic unique] LIVRE
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françois67
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Re: [topic unique] LIVRE
pas d'accord plongeon, moi j'ai bien aimé
j'y ai retrouvé un certain esprit qu'il n'y avait pas dans le dernier avec les martiens. Mais ce n'est que mon avis 
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Plongeon
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Re: [topic unique] LIVRE
je vais le relire alors...
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Obi-Wan
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Re: [topic unique] LIVRE
...moi je n'ai lu que les vieux, c'est à dire les 21 premiers. Ils ont bercé mon enfance...Plongeon a écrit :je vais le relire alors...
Ca rejoint ce que dit Hugues Marcel, à partir de 1975 et la grande traversée, ben, c'est moins bien...
L'appétit vient en mangeant,la soif disparaît en buvant (François Rabelais)
La gourmandise commence quand on n'a plus faim (Alphonse Daudet)
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Plongeon
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Re: [topic unique] LIVRE
j'ai relu...franchement pas terrible...
et d'accord avec h&m et obi...
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awaremannn
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Re: [topic unique] LIVRE
françois67 a écrit :pas d'accord plongeon, moi j'ai bien aiméj'y ai retrouvé un certain esprit qu'il n'y avait pas dans le dernier avec les martiens. Mais ce n'est que mon avis
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magnum
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Re: [topic unique] LIVRE
En plein milieu du livre "Le Passager" de Grangé... Un livre façon poupée russe terriblement difficile à lâcher!
And Nowwww, 6"6 form North Carolina....
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Re: [topic unique] LIVRE
La mort de René Gosciny?Hugues Marcel a écrit :Ça fait plus de 30 ans qu'Atérix et Lucky Luke n'ont plus le moindre intérêt mais se vendent de plus en plus.Plongeon a écrit :le dernier astérix...de la merde...comme les derniers lucky luke...ils se fatiguent pas beaucoup avec le scénario...ils essayent juste de milker la cow...lamentable...
Goscinny doit se retourner dans sa tombe...
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Re: [topic unique] LIVRE
La Métamorphose de Franz Kafka
« Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »
Telle était l’ambition de Franz Kafka vis à vis de la création littéraire. Force est de constater qu’en lisant la métamorphose, c’est vraiment le sentiment que j’ai eu, celui de recevoir un coup de poing sur le crâne tant cette œuvre est puissante et qu’il est très rare de ressentir une émotion que celle que ce texte m’a donné en le lisant.
Pas besoin d’en écrire des tonnes, la métamorphose est plus une nouvelle qu’un roman à proprement parlé. On est dans un univers à mi chemin entre le fantastique (la transformation d’un homme en insecte) mais surtout dans le réalisme le plus cru : celui du caractère factice du rapport des êtres que ce soit dans leur vie sociale (rien d’original) mais surtout au sein même de l’unité familiale. La façon dont l’auteur fait sentir à son lecteur toute l’immaturité qui régit la motivation des êtres dans les sociétés dites modernes est saisissante. De même qu’est saisissante la disparition progressive de toute forme d’humanité quand l’apparence des choses vous devient insupportable. Mais aussi la façon dont l’individu n’arrive qu’à se caractériser que juste en rapport avec ses relations à autrui qu’il essaye vaille que vaille de sauvegarder quand bien même sa propre identité d’être humain est en train de se déliter et que c'est justement la disparition de ses relations qui vont le faire disparaître aussi superficielles qu’elles soient…
Ce n’est pas le genre de texte sur lequel on a envie d’écrire longuement. Ce serait vain. On ne peut rien faire ressortir du génie d’un auteur comme Kafka. Il faut juste le lire. Rentrer dans son monde, se laisser porter par sa prose sèche et s’en prendre plein la tronche…
Voilà les deux premières pages…
« Lorsque Grégor Samsa s’éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat. Il était couché sur son dos, dur comme une carapace et, lorsqu’il levait un peu la tête, il découvrait un ventre brun, bombé, partagé par des indurations en forme d’arc, sur lequel la couverture avait de la peine à tenir et semblait près à tout moment près de glisser. Ses nombreuses pattes pitoyablement minces quand on les comparait à l’ensemble de sa taille, papillotaient maladroitement devant ses yeux.
« Que m’est-il arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une chambre humaine ordinaire, tout au plus un peu exiguë, était toujours là entre les quatre cloisons qu’il connaissait bien. Au-dessus de la table, sur laquelle était déballée une collection d’échantillons de lainages- Samsa était voyageur de commerce-, était accrochée la gravure qu’il avait récemment découpée dans une revue illustrée et qu’il avait installée dans un joli cadre doré. Elle représentait une dame, assise tout droit sur une chaise, avec une toque de fourrure et un boa, qui tendait vers les gens un lourd manchon, dans lequel son avant-bras disparaissait tout entier.
Le regard de Gregor se dirigea alors vers la fenêtre et le temps maussade- on entendait les gouttes de pluie frapper l’encadrement du métal- le rendit tout mélancolique. « Et si je continuais un peu à dormir et oubliais toutes ces bêtises », pensa-t-il, mais cela était tout à fait irréalisable, car il avait coutume de dormir sur le côté droit et il lui était impossible, dans son état actuel, de se mettre dans cette position. Il avait beau se jeter de toutes ses forces sur le côté droit, il rebondissait sans cesse sur le dos. Il essaya bien une centaine de fois, en fermant les yeux pour ne pas être obligé de voir s’agiter ses petites pattes et n’arrêta que quand il commença à éprouver sur le côté une vague douleur sourde, qu’il ne connaissait pas encore.
« Ah mon Dieu », pensa-t-il, « quel métier exténuant j’ai donc choisi ! Jour après jour en voyage. Les ennuis professionnels sont bien plus grands que ceux qu’on aurait en restant au magasin et j’ai par dessus la corvée des voyages, le soucis des changements de train, la nourriture irrégulière et médiocre, des têtes toujours nouvelles, jamais de relations durables ni cordiales avec personne. Le diable emporte ce métier ! » Il sentit une légère démangeaison sur le haut du ventre, se glissa lentement sur le dos pour se rapprocher du montant du lit, afin de pouvoir lever la tête plus commodément ; il trouva l’endroit de la démangeaison recouvert d’une masse de petits points blancs, dont il ignorait la nature ; il voulut tâter l’emplacement avec une de ses pattes, mais il la retira aussitôt, car le contact lui donnait des frissons."
« Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »
Telle était l’ambition de Franz Kafka vis à vis de la création littéraire. Force est de constater qu’en lisant la métamorphose, c’est vraiment le sentiment que j’ai eu, celui de recevoir un coup de poing sur le crâne tant cette œuvre est puissante et qu’il est très rare de ressentir une émotion que celle que ce texte m’a donné en le lisant.
Pas besoin d’en écrire des tonnes, la métamorphose est plus une nouvelle qu’un roman à proprement parlé. On est dans un univers à mi chemin entre le fantastique (la transformation d’un homme en insecte) mais surtout dans le réalisme le plus cru : celui du caractère factice du rapport des êtres que ce soit dans leur vie sociale (rien d’original) mais surtout au sein même de l’unité familiale. La façon dont l’auteur fait sentir à son lecteur toute l’immaturité qui régit la motivation des êtres dans les sociétés dites modernes est saisissante. De même qu’est saisissante la disparition progressive de toute forme d’humanité quand l’apparence des choses vous devient insupportable. Mais aussi la façon dont l’individu n’arrive qu’à se caractériser que juste en rapport avec ses relations à autrui qu’il essaye vaille que vaille de sauvegarder quand bien même sa propre identité d’être humain est en train de se déliter et que c'est justement la disparition de ses relations qui vont le faire disparaître aussi superficielles qu’elles soient…
Ce n’est pas le genre de texte sur lequel on a envie d’écrire longuement. Ce serait vain. On ne peut rien faire ressortir du génie d’un auteur comme Kafka. Il faut juste le lire. Rentrer dans son monde, se laisser porter par sa prose sèche et s’en prendre plein la tronche…
Voilà les deux premières pages…
« Lorsque Grégor Samsa s’éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat. Il était couché sur son dos, dur comme une carapace et, lorsqu’il levait un peu la tête, il découvrait un ventre brun, bombé, partagé par des indurations en forme d’arc, sur lequel la couverture avait de la peine à tenir et semblait près à tout moment près de glisser. Ses nombreuses pattes pitoyablement minces quand on les comparait à l’ensemble de sa taille, papillotaient maladroitement devant ses yeux.
« Que m’est-il arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une chambre humaine ordinaire, tout au plus un peu exiguë, était toujours là entre les quatre cloisons qu’il connaissait bien. Au-dessus de la table, sur laquelle était déballée une collection d’échantillons de lainages- Samsa était voyageur de commerce-, était accrochée la gravure qu’il avait récemment découpée dans une revue illustrée et qu’il avait installée dans un joli cadre doré. Elle représentait une dame, assise tout droit sur une chaise, avec une toque de fourrure et un boa, qui tendait vers les gens un lourd manchon, dans lequel son avant-bras disparaissait tout entier.
Le regard de Gregor se dirigea alors vers la fenêtre et le temps maussade- on entendait les gouttes de pluie frapper l’encadrement du métal- le rendit tout mélancolique. « Et si je continuais un peu à dormir et oubliais toutes ces bêtises », pensa-t-il, mais cela était tout à fait irréalisable, car il avait coutume de dormir sur le côté droit et il lui était impossible, dans son état actuel, de se mettre dans cette position. Il avait beau se jeter de toutes ses forces sur le côté droit, il rebondissait sans cesse sur le dos. Il essaya bien une centaine de fois, en fermant les yeux pour ne pas être obligé de voir s’agiter ses petites pattes et n’arrêta que quand il commença à éprouver sur le côté une vague douleur sourde, qu’il ne connaissait pas encore.
« Ah mon Dieu », pensa-t-il, « quel métier exténuant j’ai donc choisi ! Jour après jour en voyage. Les ennuis professionnels sont bien plus grands que ceux qu’on aurait en restant au magasin et j’ai par dessus la corvée des voyages, le soucis des changements de train, la nourriture irrégulière et médiocre, des têtes toujours nouvelles, jamais de relations durables ni cordiales avec personne. Le diable emporte ce métier ! » Il sentit une légère démangeaison sur le haut du ventre, se glissa lentement sur le dos pour se rapprocher du montant du lit, afin de pouvoir lever la tête plus commodément ; il trouva l’endroit de la démangeaison recouvert d’une masse de petits points blancs, dont il ignorait la nature ; il voulut tâter l’emplacement avec une de ses pattes, mais il la retira aussitôt, car le contact lui donnait des frissons."
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Plongeon
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Re: [topic unique] LIVRE
il faut lire le procès aussi...c'est le nec plus ultra...quand tu penses que les oeuvres de Kafka n'auraient jamais dû paraitre...
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Re: [topic unique] LIVRE
J'ai lu le Procès et c'est marrant j'ai moins adhéré. Sans doute parce qu'il parle de choses dont j'ai pu à maintes et maintes reprises faire l'étude chez d'autres écrivains bien postérieurs... et qu'après les évènements se soient produits...
J'ai bien conscience qu'écrire un livre de ce genre un quart de siècle avant les évènements, d'avoir décrit, par sa seule sensibilité, ce que les rapports entre les êtres dans une société pouvaient engendrer dans une situation de paroxysme, est proprement génial. Mais comme c'est un bouquin que j'ai lu tardivement après bien d'autres, j'ai juste relevé le caractère précurseur.
C'est pour ça que j'ai voulu lire d'autres choses de lui et j'avoue que la métamorphose m'a beaucoup plus bouleversé car sa vision de la famille et de la vie en société, la façon dont il amène les choses fait preuve d'une telle originalité (et pourtant ce ne sont pas les romans qui manquent sur ces thématiques que ce soit avant lui comme après lui...) que là, j'avoue que ça m'a totalement renversé...
J'ai bien conscience qu'écrire un livre de ce genre un quart de siècle avant les évènements, d'avoir décrit, par sa seule sensibilité, ce que les rapports entre les êtres dans une société pouvaient engendrer dans une situation de paroxysme, est proprement génial. Mais comme c'est un bouquin que j'ai lu tardivement après bien d'autres, j'ai juste relevé le caractère précurseur.
C'est pour ça que j'ai voulu lire d'autres choses de lui et j'avoue que la métamorphose m'a beaucoup plus bouleversé car sa vision de la famille et de la vie en société, la façon dont il amène les choses fait preuve d'une telle originalité (et pourtant ce ne sont pas les romans qui manquent sur ces thématiques que ce soit avant lui comme après lui...) que là, j'avoue que ça m'a totalement renversé...