Sarkosy: l'erreur historique de Jean Peyrelavade (Plon)
Je ne savais pas trop où mettre ce truc, ici, avec les bouquins, quitte à gaver ceux qui viennent chercher de la littérature, ou plus haut, dans le topic "politique" où l'on s'empoigne plus ou moins gaiement...
Finalement, me suis dit que comme il s'agissait d'un bouquin, on allait en parler avec les autres bouquins...
Je suis tombé dessus complètement par hasard avant hier, le titre et l'auteur m'ont attiré l'oeil. J'ai énormément hésité avant d'y investir 18€ ne sachant pas trop ce que j'allais y trouver et puis finalement me suis laissé convaincre...
Je ne l'ai pas regretté! En un peu plus de 4h de lecture, on tombe sur un réquisitoire de l'actuelle politique économique gouvernementale, extrèmement bien argumenté, très bien expliqué, par le prisme certes de la seule approche macro-économique et pire encore des grands agrégats de la comptabilité nationale, mais le style de l'auteur, la clarté de son esprit, son caractère incisif, m'a véritablement comblé. Un très grand moment de lecture et de titillement intellectuel comme on a peu l'occasion d'en avoir de nos jours.
La thèse centrale de l'auteur est que l'erreur dans laquelle s'enferme Nicolas Sarkosy est une profonde erreur de diagnostic. Que lorsque toutefois certains aspects du diagnostic sont fondés, les remèdes employés pour y pourvoir sont (ou se révèleront) d'une totale inefficacité. Qu'en l'occurence, si le président ne change pas sa politique, le pays aura une nouvelle fois perdu 5 ans et qu'il s'en trouvera encore plus exsangue qu'il ne l'était après les délètères 12 ans de chiraquisme et du second septennat mitterrandien...
Le constat est évidemment très argumenté, très détaillé, chaque point de la politique mis en oeuvre actuellement critiqué et il n'est pas le lieu ici d'en faire l'inventaire. Mais simplement, notons que l'analyse qui sous tend la critique de Peyrelevade n'est partagée par quasi personne dans la classe politique française. Et quant aux remèdes suggérés, évidemment, personne n'oserait les appliquer...
Pour ceux qui ne connaissent pas Jean Peyrelevade, on rappellera ici qu'il a été l'une des chevilles ouvrières de l'ancien cabinet Mauroy. Qu'il fut l'un de ceux qui contribua à faire en sorte que la France ne tombe pas en faillite (déjà...

) à l'issue de l'illusion lyrique de la première période du premier septennant Mitterrand... En mettant en oeuvre une politique résolument impopulaire après 3 dévaluations successives en moins de 2 ans qui porta le doux nom de "désinflation compétitive". Que cette politique eut le mérite de remettre la France d'aplomb et que la fin des années 80 marquées par le contre choc pétrolier lui permirent d'avoir des taux de croissance tout à fait comparables à ceux de ses voisins...
C'est de cette politique de choc que Peyrelavade préconise de s'inspirer encore aujourd'hui: car selon lui, la situation est similaire à celle qu'elle était dans la période 82-83 en bien pire... Et là, il attaque nombre d'idées reçues: la France souffre car son appareil productif est non compétitif. Il est non compétitif car les salaires distribués sont beaucoup trop élevés en rapport de la productivité des salariés ce qui grève les marges des entreprises qui ne peuvent plus investir. Fermer le banc, cette idée centrale est déclinée très longuement et les voies du futur fort amères... Suppression des 35 h sans contrepartie, hausse des cotisations à faire supporter par les ménages, suppression de l'ISF et de la taxe professionnelle, baisse drastique de l'IS sont parmi les solutions préconisées...
Que dire d'un tel ouvrage? Qu'il est stimulant pour l'esprit car Peyrelevade, contrairement à beaucoup d'esprits brillants, a aussi pour lui d'être un esprit lucide. Très grand dirigeant du Crédit Lyonnais lorsqu'il lui a fallu assumer le destin de la banque en faillite jusqu'à sa fusion avec le Crédit Agricole, il a prouvé qu'il savait naviguer en eaux troubles, très troubles...
En un mot, on a peur qu'il ait raison et seule l'observation des faits dans les prochains mois permettront de le savoir... En tout état de cause, son ouvrage, qu'on en partage les options ou pas, permet d'apporter une très belle contribution au débat. La seule chose qu'on regrette c'est que c'est véritablement la seule véritable contributions sérieuse et digne d'intérêt sur le sujet que l'on voit en près de 18 mois...