[topic unique] LIVRE

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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Hugues Marcel a écrit :
Ce bouquin est une odieuse arnaque médiatique.

Certe le jeune homme homosexuel a vécu dans le Nord... mais pas du tout dans une famille de gross beaufs analphabêtes comme ils, (lui, son éditeur, son attaché de presse...), le laissent entendre. Mais plutôt une famille suffisament ouverte d'esprit pour lui laisser faire Khâgne, (à Amiens je crois).
Face aux médias il joue à l'introverti, limite autiste, qui refuse les interviews, genre "j'suis trauma de mes blessures profondes", etc... Les critiques littéraires branchouilles adoooorent. Mais la famille très bourgeoise qui l'a pris sous aile durent sa prépa littéraire montre des photos du jeune homme en coqueluche des filles prout-ma-chère, en petit "populaire" locales des "soirées" post-ados... La maman de cette famille très bourgeoise en garde le souvenir d'un gamin ambitieux et égocentrique... "un petit Rastignac moderne" (sic).
C'est où alors, dans sa vraie vie, les viols par des cousins décébrés et alcooliques dignes des ploucs de "Delivrance" ? Dans ses phantasmes,sans doutes.
Alors qu'il écrive son roman OK. Mais qu'il le vende en roman auto-bio... là pas dac, parce que je ne te dis dans quel état est sa vraie famille aujourd'hui.
Ce mec est une petite merde et les critiques branchouilles qui connaissent sa vraie vie mais continuent de le soutenir et le justifier, eux, sont des grosses merdes.
ça corrobore ce que j'écrivais plus haut.
En fait, au delà des qualités intrinsèques ou pas de l'oeuvre, ce qui est assez amusant, et dont j'ignore totalement le processus de mise en oeuvre, c'est comment un gars se retrouve comme ça du jour au lendemain, en best seller. Comment on le positionne, pourquoi lui, pourquoi ça se vend? Pourquoi lui et pas un autre?

Sinon, il ne faut pas oublier que Rastignac, lui, avait du coeur...
Hugues Marcel
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Hugues Marcel »

visiteur a écrit :ça corrobore ce que j'écrivais plus haut.
En fait, au delà des qualités intrinsèques ou pas de l'oeuvre, ce qui est assez amusant, et dont j'ignore totalement le processus de mise en oeuvre, c'est comment un gars se retrouve comme ça du jour au lendemain, en best seller. Comment on le positionne, pourquoi lui, pourquoi ça se vend? Pourquoi lui et pas un autre?

Sinon, il ne faut pas oublier que Rastignac, lui, avait du coeur...
Tout à fait. J'y vois la namip d'une nouvelle élite bourgeoise contre un lumpenproletariat qui porterait en lui un néofachisme analphabète. J'appelle ça jouer aux incendiaires. S'ils vont sur ce terrain là, le Front National et pire ont de beaux jours devant eux.
http://www.facebook.com/pages/Enseigne- ... ref=search
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

L’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut

Que dire du dernier opus du philosophe réac qui agite le landernau médiatique ?
En s’attaquant à un thème d’actualité, en l’occurrence un thème qui semble travailler en profondeur la société française, mais bien plus encore l’ensemble des sociétés européennes, Alain Finkielkraut agite une fois encore la m… Pour autant, le sujet est un sujet qui mérite d’être abordé car c’est probablement un de ceux auxquelles les sociétés auront nécessairement à faire dans le prochain quart de siècle, la seule question véritable étant de savoir comment on le traite…

Cette question là n’est vraiment pas évidente. A la lecture de son bouquin, je ne suis d’ailleurs pas persuadé que Finkielkraut l’ait particulièrement bien traité. Je suis même persuadé du contraire. En fait il l’a traité de façon facile… Trop facile… En s’en prenant à la représentation que se fait la doxa médiatique dominante, à cette doxa dont la représentation est bien trop simplette pour qu’elle s’ancre dans le réel, mais pour autant dont il est bien trop facile de lui montrer ses contradictions, ses erreurs et le drame en puissance à laquelle elle peut nous conduire.

Alors bien évidemment, ceux dont je suis peuvent se réjouir de la pertinence du propos du philosophe, être parfaitement en phase avec la critique et se réjouir de se dire « mais quels cons quand même ces bobos », mais en dehors de ça, une fois que l’on a refermé le bouquin et que l’on s’est dit que la représentation de l’adversaire politique est débile, s’est-on fait sa propre idée de comment en proposer une autre….

C’est bien là que le bât blesse… Et là où j’ai trouvé le bouquin du philosophe très court. Car mis à part ânonner la nostalgie assimilatrice supposée des débuts de la République, fantasmer une Ecole qui n’existe que dans ses illusions et qui ne reviendra plus et faire appel à des citations par centaines de philosophes éminents qui resteront longtemps dans l’histoire contrairement à lui qui n’est qu’un phénomène médiatique qui disparaîtra aussi rapidement que la mousse à laquelle il participe totalement, je n’ai rien trouvé en terme de propositions pertinentes pour éviter que la violence latente de nos sociétés finissent un jour par provoquer quelques drames qui seront d’une autre nature que le simple fait divers…

Reste alors évidemment le cœur du bouquin. La critique est bonne, même si elle est désormais assez connue et ne présente pas franchement de grande originalité. Je me suis assez amusé de l’égocentrisme du bonhomme, qui consacre pas mal de pages à parler de lui, de sa jeunesse, de ses illusions de soixante huitard revenu, de ses brillantes études en Hypokhâgne et Khâgne à Henri IV mais arghhh damned, de sa blessure narcissique de n’avoir pas réussi à décrocher Ulm mais d’avoir dû se réfugier à St Cloud et, tel un Louis XIV revanchard, de devenir beaucoup plus connu que ceux qui ont réussi à décrocher le saint des saints dans son Versailles de France Culture, du Figaro ou d’ailleurs…

La critique, c’est qu’on ne peut plus, on ne peut pas se contenter d’imaginer que la problématique de l’immigration de peuplement avec les problématiques qu’elle engendre puisse être traitée par la seule dimension de l’altérité. Qu’il suffirait de tolérance, d’ouverture à l’autre pour que l’ensemble des problématiques s’en trouve résolues. Et que finalement, les problèmes ne proviendraient que de quelques esprits chagrins, obtus voire totalement réacs qu’il faudrait probablement rééduquer dans quelques camps adéquats pour que de problèmes il n’y ait plus et que chacun puisse s’épanouir dans le fantasme d’une France plurielle qui sourirait à l’avenir et gagnerait toutes les coupes du monde de foot en symbiose avec la modernité…

Il faut dire les choses comme elles sont, le passage en revue des thèmes que fait le philosophe est assez brillante. Les citations, par dizaines, plutôt bien choisies. On passe par Pascal, Jankelevitch, Heidegger, Montaigne, Levi-Strauss, Hobbes et aussi des auteurs dont je suis persuadé qu’ici nombre ont dû être impressionné par la profondeur de leurs réflexions comme Barrès, de Maistre, Bonald ou Burke :mrgreen: …. J’ai d’ailleurs été assez gêné par l’utilisation aussi importante de citations. Comme si l’auteur avait du mal à accoucher de sa propre pensée en se réfugiant dans la réflexion d’auteurs illustres…

Un ouvrage qui donc a plus le mérite de mettre en perspective des idées, de critiquer de façon virulente une doxa angéliste, mais qui pour autant n’ouvre pas véritablement le champ à des propositions concrètes de changement si ce n’est dans un retour à un passé largement idéalisé et inopérant.

Pour conclure, parmi les moultes citations, celle-ci qui réjouira certainement les archanges de l’Autre ( :mrgreen: ) issue du Léviathan de Thomas Hobbes : « Les humains n’éprouvent aucun plaisir (mais plutôt un grand déplaisir) à demeurer en présence des uns et des autres s’il n’y a pas de puissance capable de les tenir tous en respect. Car chacun cherche à s’assurer qu’il est évalué par son voisin au même prix qu’il s’évalue lui même, et chaque fois qu’on le sous-estime, chacun s’efforce naturellement, dans la mesure où il l’ose, (…) d’obtenir par la force que ses contempteurs admettent qu’il a une plus grande valeur, et que les autres l’admettent par l’exemple. »
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Hugues Marcel a écrit :
Tout à fait. J'y vois la namip d'une nouvelle élite bourgeoise contre un lumpenproletariat qui porterait en lui un néofachisme analphabète. J'appelle ça jouer aux incendiaires. S'ils vont sur ce terrain là, le Front National et pire ont de beaux jours devant eux.
Il suffit d'aller un peu plus haut, sur un topic clos, pour voir la parfaite illustration de ton propos... =D> Ou voir également la réflexion du think thank Terra Nova sur le sujet...
Le FN a éclos en 1983 sur le devant de la scène politique quand la gauche venait d'arriver au pouvoir... Tout sauf un hasard.
Mais nous dépassons le cadre de ce topic, il serait dommage de le voir fermer à son tour si jamais il venait à sortir de son cadre initial...
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Message par Tumunzahar »

Voilà, absolument, posons nous la question de ces vilains gauchistes qui font monter le FN et absolument pas celle de la droitisation (on est ici sur les thèmes de la sécurité, mais on peut aussi parler de celui de la politique économique, le FN se posant en dernière alternative contre le monde néolibéral en ayant bien retourné sa veste au passage et défendant par là même, même fictivement, les intérêts des salariés les plus pauvres) du discours, tant de la part des partis de gouvernement de droite que de ceux de gauche (le premier ministre en est un parfait exemple). Comme le répète Marine à l'envie, les gens préfère toujours l'original à la copie.
Sale con certifié ; Petite vérole (c'est dire si je plais au bas clergé breton) ; Pédant.
Autrement dit, je suis un con pédant (calembour validé par François Pérusse).
Pour toute consultation, prenez rendez-vous avec ma secrétaire au +1-202-456-1414
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par Kozak »

visiteur a écrit : et aussi des auteurs dont je suis persuadé qu’ici nombre ont dû être impressionné par la profondeur de leurs réflexions comme Barrès, de Maistre, Bonald ou Burke :mrgreen: ….
Bonald n'est pas inintéressant, mais je ne suis pas persuadé que ce soit celui des quatre qui ait le plus influencé Finky :mrgreen:
visiteur a écrit : Pour conclure, parmi les moultes citations, celle-ci qui réjouira certainement les archanges de l’Autre ( :mrgreen: ) issue du Léviathan de Thomas Hobbes : « Les humains n’éprouvent aucun plaisir (mais plutôt un grand déplaisir) à demeurer en présence des uns et des autres s’il n’y a pas de puissance capable de les tenir tous en respect. Car chacun cherche à s’assurer qu’il est évalué par son voisin au même prix qu’il s’évalue lui même, et chaque fois qu’on le sous-estime, chacun s’efforce naturellement, dans la mesure où il l’ose, (…) d’obtenir par la force que ses contempteurs admettent qu’il a une plus grande valeur, et que les autres l’admettent par l’exemple. »
J'ignore comment la citation est employée dans le livre, mais ton sous-entendu la détourne complètement de son sens premier. Dans la vision de Hobbes, l'autre n'est pas défini de manière préalable par son appartenance à un groupe identifié comme différent. Les interactions entre des individus ne peuvent être analysée sur le même plan que les rapports entre des groupes qui participent déjà d'une construction sociologique.
Car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Les désarrois de l’élève Törless de Robert Musil

Le premier roman du grand écrivain autrichien. Beaucoup plus ramassé que son œuvre immense et inachevée (« l’homme sans qualités »), ce petit roman permet d’explorer pas mal de thèmes qui feront l’originalité de son œuvre postérieure : la violence inhérente à toute société, à la façon dont celle-ci est canalisée ou cachée, aux pulsions qui prennent le pas très souvent sur un être humain censé être rationnel ou doué de raison.

Le champ d’observation de l’écrivain n’est pas aussi vaste que celui auquel il s’attaquera plus tard (la nature de l’effondrement de l’empire austro hongrois juste avant le déclenchement de la première guerre mondiale), mais centré sur l’observation d’un collège huppé autrichien pour jeunes gens au début du XXème siècle. On se doute qu’il va se passer de jolies histoires sordides à souhait qui mettront en lumière les gouffres de l’âme humaine…

Musil est un écrivain très intellectuel et en cela, si la force de ses observations est indéniable, la narration perd un peu de sa fluidité. Certains pourraient même dire que c’est un peu prise de tête à lire… En fait, si les sentiments qu’il explore sont parfaitement décrits et observés, cliniquement même, il n’atteint pas la force des très grands romanciers qui vous font rentrer à l’intérieur même de la vie intérieure de leurs personnages (parmi moultes exemples, j’ai en mémoire par exemple le suicide de Javert dans les Misérables, un très grand moment où Hugo montre l’impossibilité pour son personnage de faire face au changement qu’il se fait de la représentation de l’existence et n’a pour unique solution que d’y mettre fin car ce que Valjean lui révèle lui est totalement insupportable au sens premier du terme…).

Pour autant, les portraits esquissés sont de grande qualité, l’observation des valeurs et coutumes de l’époque bien appréhendées et le héros principal, certes beaucoup moins ample que son Ulrich de l’Homme sans qualité, possède des traits très intéressants. Le voici tel que Musil le décrira après son passage initiatique….

« Torless devait devenir plus tard, une fois surmontée l’épreuve de l’adolescence, un jeune homme très fin très sensible. On put le ranger alors au nombre de ces natures d’intellectuels ou d’esthètes qui trouvent un certain apaisement à observer les lois et même, au moins partiellement, la morale officielle, parce que cela les dispense de réfléchir à des problèmes grossiers, trop étrangers à la subtilité de leur vie intérieure ; mais qui manifestent, à côté de cette extrême correction apparente et légèrement ironique, la plus totale indifférence et le plus profond ennui pour peu qu’on leur demande un intérêt plus personnel pour ces problèmes. Car le seul intérêt véritablement profond qu’ils éprouvent se porte exclusivement sur le développement de l’âme, de l’esprit, ou comme l’on voudra nommer cela en nous qu’accroît parfois une pensée saisie entre les lignes d’un livre ou suggérée par les lèvres closes d’un portrait, cela en nous qui s’éveille quand une mélodie solitaire, obstinée, s’éloigne et, se perdant, tire avec une étrange force sur le mince fil rouge de notre sang ; cela, en revanche, qui s’évapore immanquablement quand nous remplissons des formulaires, quand nous construisons des machines, quand nous allons au cirque ou que nous nous livrons à l’une ou l’autre des innombrables activités de la même espèce.

Ainsi les esprits de cette sorte sont-ils parfaitement indifférents à ce qui ne sollicite que leur sens du convenable. On comprend donc que Törless ne se soit jamais repenti, par la suite, de son aventure. Son intérêt s’était tourné si résolument et si exclusivement vers les problèmes intellectuels que, lui eût-on raconté d’un débauché une histoire analogue, il ne lui fût certainement jamais venu à l’esprit de s’en indigner. Il eût méprisé cet homme non point d’être un débauché, mais de n’être rien de mieux ; non point pour ses débauches, mais pour l’état d’âme qui l’y avait conduit ; pour sa sottise, ou au contraire pour une intelligence par trop dépourvue de contrepoids sensibles ; en un mot, uniquement pour le triste spectacle de faiblesse et de défaillance ainsi offert. Et que le vice de cet homme eût été l’abus du tabac et de l’alcool ou les excès sexuels, son mépris n’en eût point changé.

Comme pour tous ceux qui concentrent leur attention exclusivement sur l’accroissement de leurs facultés mentales, la simple présence d’émotions déréglées et oppressantes n’avait pas grande importance à ses yeux. Il aimait à penser que le sens du plaisir, les dons artistiques, la finesse de la vie intérieure étaient une parure à laquelle on avait vite fait de s’écorcher. Il jugeait inévitable qu’avec une vie intérieure riche et sensible l’on eût aussi des moments à cacher, des souvenirs à conserver dans des casiers secrets. Tout ce qu’il exigeait, c’est que l’on sût, après coup, en faire un usage raffiné.

C’est ainsi qu’un jour où quelqu’un à qui il avait conté son histoire de sa jeunesse lui demandait si le souvenir ne lui en donnait pas, malgré tout, quelque honte, il fit cette souriante réponse : « certes, je ne nie point qu’il ne se soit agi d’un avilissement. Et pourquoi pas ? Il est passé. Mais quelque chose en est resté à jamais : la petite dose de poison indispensable pour préserver l’âme d’une santé trop quiète et trop assurée et lui en donner une plus subtile, plus aiguë, plus compréhensible.

« Voudriez-vous d’ailleurs faire le compte des avilissements dont toute grande passion a laissé les brûlures sur l’âme ? Songez aux heures d’humiliation volontaire de l’amour ! A ces heures d’absences où les amants se penchent sur le bord de profondes fontaines, où posent à tour de rôle leur oreille sur le cœur de l’autre pour essayer d’entendre les grands chats impatients griffant les parois de leur cachot ! Rien que pour se sentir trembler ! Rien que pour s’effrayer de leur solitude au-dessus de ces profondeurs obscures et infamantes ! Rien que pour se réfugier tout entiers l’un dans l’autre, dans l’angoisse d’être seuls avec ces sombres puissances !

« Regardez donc simplement de jeunes couples dans les yeux. Ces yeux qui disent : Pensez ce que vous voudrez, vous n’avez aucune idée des profondeurs où il nous arrive de descendre ! Ces yeux où brillent une raillerie secrète à l’égard de qui peut ignorer tant de choses, et la tendre fierté de ceux qui ont traversé ensemble tant d’enfers.

« Et comme ces amants l’un avec l’autre, j’ai traversé alors tout cela, mais avec moi seul »
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

L'Adversaire par Eric Carrère

Drôle d'histoire que celle de Jean Charles Romand... Une histoire dont la facilité devrait faire conclure que l'on a affaire à un monstre (et pourquoi pas...) mais dont il faut voir aussi la part d'humanité dans son cheminement. Drôle d'histoire qui montre de façon assez incroyable l'indifférence absolue dans laquelle sont plongés les êtres dans nos sociétés. C'est cet aspect des choses qui m'a le plus frappé dans ce récit de l'écrivain qui monte...

Ce récit quel est-il, pour ceux qui ne se souviennent pas de ce fait divers survenu en 1993 dans les Alpes françaises. L'histoire d'une famille retrouvée calcinée dans sa maison suite à un incendie, le père, la mère et les deux enfants. Miraculeusement, croit-on, le père s'en tire... Très vite, les faits s'enchaînent, puisque quelques heures plus tard, les deux parents du père sont retrouvés assassinés dans le Jura.

Banale histoire de tragédie familiale? Pas seulement... La reconstitution de la vie de cette famille au-dessus de tout soupçon montre que le père de famille n'avait aucune vie consistante. Que depuis une quinzaine d'années celui-ci s'est construit aux yeux de tout son entourage, famille, amis, une vie factice, sans la moindre réalité avec ce qu'elle était supposée être. Mieux, qu'il aura vécu grâce à la crédulité de cet entourage qui lui confie son argent sans rien en attendre en retour si ce n'est des rendements dont ils semblent se moquer, simplement grâce à l'image de compétence qu'il semble incarner. Car intelligent il est, à un point que ça en est troublant...

C'est probablement parce qu'au bout de cette quinzaine d'années ce théâtre de carton pâte allait s'effondrer que Jean Charles Romand a décidé de le détruire totalement laissant ses proches dans la plus totale incompréhension, effarés et honteux d'avoir été ainsi dupés. Pour ceux qui auront survécu en tout cas...

Singulière histoire que l'écrivain aura eu le plus grand mal à accoucher, la personnalité du "héros" qu'il a rencontré avec son accord l'ayant visiblement beaucoup troublé au point de lui avoir inspiré une autre oeuvre, qui l'a véritablement lancé à cette époque, "la classe de neige".

C'est un livre à la Carrère, c'est à dire raconté de façon assez abrupte, l'écrivain essayant de prendre du recul vis à vis de son héros, essayant de rester dans le factuel, la compréhension de son personnage, mais étant très partagé sur celui-ci, n'arrivant pas véritablement pas à se faire une "religion" vis à vis de lui.

Ce qui m'a frappé le plus, c'est l'indifférence. La capacité pour un groupe humain à finalement ne se constituer que par l'observation de rites. Par des sentiments d'affection aussi, mais finalement peu élaborés car il ne semble qu'à aucun moment ne perce la volonté de véritablement rentrer dans l'univers de l'autre. Ni amis, ni amour, ni famille. Un collectif uniquement fait par la reproduction d'habitudes, un petit cocon fragile qu'on s'efforce de constituer et de faire rouler et où tout n'est qu'illusion... Rarement ressenti dans une histoire la mise en abîme aussi rude de ce sentiment très dur qu'est la séparation des autres.
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Message par awaremannn »

j'avais vu les 2 films inspirés plus ou moins librement de ce fait-divers, j'avais trouvé ça incroyable
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

J'avais vu le film de Nicole Garcia qui ne m'avait pas convaincu outre mesure. Je n'ai pas souvenir qu'elle ait reconstitué son parcours, plutôt le souvenir des derniers instants et la reconstitution de sa vie de père de famille, partant le matin errer toute la sainte journée en attendant que ça se passe...

Ce qui m'a vraiment le plus frappé dans son itinéraire, c'est le début du mensonge. Le jour où il décide de ne pas se présenter à son examen de deuxième année de médecine. Et où il assistera, méthodiquement à tous les cours jusqu'à ce que ses "potes" obtiennent leur diplôme et que tout le monde s'imagine qu'il a bien évidemment obtenu son diplôme puisque d'aucuns le considèrent comme le plus doué du lot... Savoir qu'on appartient à un groupe d'amis qui n'a pas même la curiosité de rechercher le nom du pote sur les listes, ça me paraît totalement hallucinant, à vrai dire j'ai pas même de mots pour qualifier ça.... Après ça, s'inventer une vie professionnelle n'a dû être que de la rigolade...
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par awaremannn »

Et il explique pourquoi il a commencé? pour éviter un stress? parce qu'il voyait ça comme une solution de "facilité"?
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Non, il n'y a pas de "clé" psychologique, il y'a bien quelques faits qui sont mis en lumière mais qui ne sont pas véritablement établis et dont peut penser également penser que Roman joue avec, car c'est un sacré manipulateur... ça semble être arrivé un peu comme une sorte de jeu dans lequel tu rentres un peu par hasard et où tu le laisses prendre dans l'engrenage, où le mensonge ne fait qu'enfler et où il devient de plus en plus difficile d'en sortir jusqu'au jour où il n'y a plus d'échappatoire.... 18 ans plus tard...

Si l'histoire t'a intéressé, je te conseille de lire ce bouquin, Carrère est un écrivain contemporain intéressant
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Message par Hugues Marcel »

visiteur a écrit :Carrère est un écrivain contemporain intéressant
Un mec qui a écrit une bio de Philip K Dick ne peut pas être un mauvais bougre. Son "Limonov" est diablement interessant également.
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Pas encore lu, ce que je trouve sympa, c'est qu'il se renouvelle énormément en fonction des sujets qu'il traite, très variés. Sa faiblesse c'est qu'il ne me semble pas avoir énormément d'imaginaire, il semble s'ancrer dans les faits, le "concret", une véritable force d'analyse, mais il n'a pas véritablement un monde original. Il a un style en revanche, sans fioriture, mais qui est une constante dans chacune de ses oeuvres.
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Re: [topic unique] LIVRE

Message par visiteur »

Monsieur Jadis ou l’Ecole du soir par Antoine Blondin


J’aurais mis très longtemps avant de me décider à découvrir l’univers d’Antoine Blondin, et ma foi, je ne le regrette pas… :mrgreen:

De toute façon j’ai très mauvais goût et autant l’étaler… On ne juge pas une œuvre à l’aune d’un bouquin, mais c’est souvent par le biais d’un bouquin qu’on a envie d’aller plus loin dans la découverte d’une œuvre… ou pas !
Ce n’est pas celle-ci qui m’encouragera à aller plus loin… Pour tout dire, j’ai trouvé ce bouquin atrocement nombriliste, l’évocation de la vie d’un auteur totalement bousillée et qui semble se repentir par moment d’autant de talent gâché…

Je comprends qu’un certain milieu aime à se complaire à admirer ses idoles se répandre sur leur vie si différente de celle du vulgum pecus, mais ce n’est pas pour autant que ce genre de témoignage en fait des œuvres intéressantes… L’auteur auquel j’ai le plus pensé en lisant ce bouquin, c’est Genet, lui aussi je trouve sa réputation totalement surfaite, sitôt que les derniers témoins ébahis de son existence auront disparu, je ne suis pas bien sûr qu’il y’en aura beaucoup pour continuer à les lire…

Il reste tout de même une chose dans ce livre totalement indéniable. Blondin savait écrire… Pas de l’écriture de journaliste qui raconte sans talent une histoire. Non tout autre chose. Son style est vraiment d’un niveau bien supérieur. On comprend qu’il ait laissé une trace indélébile dans l’univers des journalistes sportifs et à l’Equipe en particulier, pas un ne pouvait rivaliser avec ses mots. Mais ce n’est pas parce que l’on tient remarquablement une plume qu’on sait pour autant construire un univers qui soit en capacité déjà d’intéresser un lecteur, et pour les plus grands, de vous poursuivre votre vie durant… Mais il est vrai que la littérature c’est d’abord et avant tout le style, le drame c’est que j’en attends aussi autre chose, ce quelque chose que je n’ai pas rencontré ici…

Un petit extrait d’un séjour madrilène qui donnera à la foi le ton de cette œuvre et la qualité indéniable du style de l’auteur, mais aussi ce sentiment de vacuité qui s’en dégage.

« En désespoir de cause, je m’essayai à mener l’existence extravagante d’un diurnambule, adoptant un décalage horaire qui m’écartât des parcours concertés. Levé à sept heures du matin, quand les autres se couchaient, je me couchais à neuf heures du soir quand la ville s’éveillait. L’après-midi, sitôt qu’Odile s’allongeait pour la sieste (car je récusais désormais les excursions à travers la Castille), je m’évadais par des rues livrées à une solitude éblouissante, persuadé que ce décor dépouillé du conformisme nocturne devait libérer un visage dans la clandestinité du soleil au zénith. La marée basse allait agir comme un révélateur sur les plages brûlées. J’espérais voir surgir le fantastique dans les tavernes englouties plutôt que dans les palais.

Mes rapines furent maigres. Sous la clarté naturelle, les volets fermés qui recouvrent tant de romans dans les ténèbres me parurent maussades, comme une fin de non recevoir, et les ombres portées d’une qualité plus vulgaire que celles produites par les réverbères. Aucune ne cherchait à en rejoindre une autre jusqu’à se confondre, ainsi qu’il arrive au clair de lune. Elles ne jouaient qu’un rôle accessoire sur le théâtre des murs et des trottoirs, écrasées par la réalité des personnages sans mystère qui les avaient créées et qui semblaient n’avoir d’autre idée en tête que de se fuir. Tout cela n’était guère propice à susciter un univers en marge. Je soulevais beaucoup de poussière pour rien.

Finalement, je passais mon temps dans les boîtes de jour, d’une banalité fastidieuse. L’image d’un café pour hommes seuls, où des messieurs à moustaches courtes, chauves et mamelus, qui ressemblaient tous au général Franco, ruminaient en vitrine devant un verre d’eau glacée, couronna mes explorations.

Après le dîner, Odile, privée de carrousels et de girandoles, s’ennuyait au balcon de notre chambre d’hôtel. Elle me reprocha un excès de sagesse et une carence de l’improvisation. A son tour elle se sentait appelée ailleurs, dès que les lampadaires se mettaient à bourgeonner. Sans l’avouer, nous étions dans l’état vacant des gens dont les valises sont faites. Une nuit, nous nous en allâmes par surprise, comme nous étions venus.

Au départ du train, des femmes altières arrêtèrent de jacasser pour se signer. Peut-être Odile aurait-elle dû en faire autant. »
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