L’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut
Que dire du dernier opus du philosophe réac qui agite le landernau médiatique ?
En s’attaquant à un thème d’actualité, en l’occurrence un thème qui semble travailler en profondeur la société française, mais bien plus encore l’ensemble des sociétés européennes, Alain Finkielkraut agite une fois encore la m… Pour autant, le sujet est un sujet qui mérite d’être abordé car c’est probablement un de ceux auxquelles les sociétés auront nécessairement à faire dans le prochain quart de siècle, la seule question véritable étant de savoir comment on le traite…
Cette question là n’est vraiment pas évidente. A la lecture de son bouquin, je ne suis d’ailleurs pas persuadé que Finkielkraut l’ait particulièrement bien traité. Je suis même persuadé du contraire. En fait il l’a traité de façon facile… Trop facile… En s’en prenant à la représentation que se fait la doxa médiatique dominante, à cette doxa dont la représentation est bien trop simplette pour qu’elle s’ancre dans le réel, mais pour autant dont il est bien trop facile de lui montrer ses contradictions, ses erreurs et le drame en puissance à laquelle elle peut nous conduire.
Alors bien évidemment, ceux dont je suis peuvent se réjouir de la pertinence du propos du philosophe, être parfaitement en phase avec la critique et se réjouir de se dire « mais quels cons quand même ces bobos », mais en dehors de ça, une fois que l’on a refermé le bouquin et que l’on s’est dit que la représentation de l’adversaire politique est débile, s’est-on fait sa propre idée de comment en proposer une autre….
C’est bien là que le bât blesse… Et là où j’ai trouvé le bouquin du philosophe très court. Car mis à part ânonner la nostalgie assimilatrice supposée des débuts de la République, fantasmer une Ecole qui n’existe que dans ses illusions et qui ne reviendra plus et faire appel à des citations par centaines de philosophes éminents qui resteront longtemps dans l’histoire contrairement à lui qui n’est qu’un phénomène médiatique qui disparaîtra aussi rapidement que la mousse à laquelle il participe totalement, je n’ai rien trouvé en terme de propositions pertinentes pour éviter que la violence latente de nos sociétés finissent un jour par provoquer quelques drames qui seront d’une autre nature que le simple fait divers…
Reste alors évidemment le cœur du bouquin. La critique est bonne, même si elle est désormais assez connue et ne présente pas franchement de grande originalité. Je me suis assez amusé de l’égocentrisme du bonhomme, qui consacre pas mal de pages à parler de lui, de sa jeunesse, de ses illusions de soixante huitard revenu, de ses brillantes études en Hypokhâgne et Khâgne à Henri IV mais arghhh damned, de sa blessure narcissique de n’avoir pas réussi à décrocher Ulm mais d’avoir dû se réfugier à St Cloud et, tel un Louis XIV revanchard, de devenir beaucoup plus connu que ceux qui ont réussi à décrocher le saint des saints dans son Versailles de France Culture, du Figaro ou d’ailleurs…
La critique, c’est qu’on ne peut plus, on ne peut pas se contenter d’imaginer que la problématique de l’immigration de peuplement avec les problématiques qu’elle engendre puisse être traitée par la seule dimension de l’altérité. Qu’il suffirait de tolérance, d’ouverture à l’autre pour que l’ensemble des problématiques s’en trouve résolues. Et que finalement, les problèmes ne proviendraient que de quelques esprits chagrins, obtus voire totalement réacs qu’il faudrait probablement rééduquer dans quelques camps adéquats pour que de problèmes il n’y ait plus et que chacun puisse s’épanouir dans le fantasme d’une France plurielle qui sourirait à l’avenir et gagnerait toutes les coupes du monde de foot en symbiose avec la modernité…
Il faut dire les choses comme elles sont, le passage en revue des thèmes que fait le philosophe est assez brillante. Les citations, par dizaines, plutôt bien choisies. On passe par Pascal, Jankelevitch, Heidegger, Montaigne, Levi-Strauss, Hobbes et aussi des auteurs dont je suis persuadé qu’ici nombre ont dû être impressionné par la profondeur de leurs réflexions comme Barrès, de Maistre, Bonald ou Burke

…. J’ai d’ailleurs été assez gêné par l’utilisation aussi importante de citations. Comme si l’auteur avait du mal à accoucher de sa propre pensée en se réfugiant dans la réflexion d’auteurs illustres…
Un ouvrage qui donc a plus le mérite de mettre en perspective des idées, de critiquer de façon virulente une doxa angéliste, mais qui pour autant n’ouvre pas véritablement le champ à des propositions concrètes de changement si ce n’est dans un retour à un passé largement idéalisé et inopérant.
Pour conclure, parmi les moultes citations, celle-ci qui réjouira certainement les archanges de l’Autre (

) issue du Léviathan de Thomas Hobbes : « Les humains n’éprouvent aucun plaisir (mais plutôt un grand déplaisir) à demeurer en présence des uns et des autres s’il n’y a pas de puissance capable de les tenir tous en respect. Car chacun cherche à s’assurer qu’il est évalué par son voisin au même prix qu’il s’évalue lui même, et chaque fois qu’on le sous-estime, chacun s’efforce naturellement, dans la mesure où il l’ose, (…) d’obtenir par la force que ses contempteurs admettent qu’il a une plus grande valeur, et que les autres l’admettent par l’exemple. »