Martinez: «Un dépot de bilan du BBCD serait une catastrophe»
le 23.07.2009 04h00
Thierry Martinez est pessimiste quant au sauvetage du BBCD
Dans un long entretien, le président de la ligue de basket de Franche-Comté évoque les difficultés actuelles du BBCD et ses conséquences sur la pratique dans la région. Il ouvre aussi la porte à Salins et Poligny
Thierry Martinez, comment le BBCD en est arrivé là?
La descente sportive en Pro B a tout précipité. Aucun plan de prévision n'avait été fait en cas de relégation.
A ce niveau, c'est tout de même surprenant non? S'agit-il à vos yeux d'une erreur de gestion?
Des erreurs, il y en a eu. Sportivement tout d'abord puisque l'équipe n'a pas pu se maintenir. Financièrement aussi. Il faut dire que l'accession de la saison dernière a été un vrai concours de circonstance. 8e au terme du championnat de Pro B, ce n'était pas mirobolant. Puis il y a eu les play-offs que l'on sait.
Economiquement, le BBCD n'avait donc pas les moyens d'avoir un projet crédible en Pro A...
Ca s'est joué à peu de chose, on l'a vu. Aujourd'hui, c'est une évidence, en Franche-Comté, on se heurte à un vrai problème économique pour tenir un club de Pro A. Cette problématique n'est pas nouvelle. L'accession, on ne pouvait décemment pas la refuser car pour investir dans un club, les partenaires ont besoin de la Pro A. C'est un cercle vicieux. Mais avec du recul, on peut dire que la cour était trop grande.
Vous vous êtes impliqués aux côtés de Vincent Porro pour tenter de sauver le club. Pourquoi cette iniative a-t-elle échoué?
Avec vincent Porro et Erik Lehmann, nous avons effectivement tout fait pour sauver ce qui pouvait l'être, en soutenant l'œuvre du président Thibault. Mais le gouffre était trop profond. Certains ont évoqué l'idée d'un audit extérieur, j'y suis favorable. C'est le seul moyen d'avoir une vraie transparence dans cette affaire.
Certains vous ont reproché d'avoir fait perdre du temps au club?
J'ai lu ça (ndlr: chez nos confrères de l'Est Républicain, dans la bouche de Benoit Vuillemin, le président du club affaires). Dire qu'on a fait perdre du temps au club est inacceptable. Là, on marche vraiment sur la tête. On a tout fait, je dis bien tout, pour sauver le club et ses salariés.
Mais la situation était vraiment trop différente par rapport à celle évoquée au départ. Les investisseurs? Mais nous sommes allés les voir. A commencer par Antonio Martinez, le PDG de Festina France. Il a pris le temps de nous recevoir mais il ne pouvait pas aller au delà du raisonnable, le prix était trop haut.
Justement, à combien se chiffre aujourd'hui le passif réek du BBCD?
Je connais les chiffres, ils sont importants, mais ce n'est pas à moi de répondre. Surtout dans la situation actuelle avec le retour dans le jeu d'André Mulon.
Vous connaissiez ses intentions?
Franchement? Non! J'étais comme tout le monde, persuadé qu'on allait tout droit à la liquidation mardi dernier. Et André Mulon est venu pour faire part de son intention de trouver une solution de reprise. La décision du Tribunal de Grande Instance de Besançon a donc été mise en délibéré jusqu'au 27 juillet. >> A vos yeux, peut-il sauver le BBCD?
C'est difficile à dire, surtout que je ne l'ai pas appelé. Il existe de telles difficultés relationnelles au sein du club que je préfère rester en retrait. Maintenant, s'il a besoin de mes services, je suis là mais ce n'est pas à moi de faire la démarche. (Silence) A partir du moment où il essaye de sauver le club, son intention ne peut être que louable. Sa réaction est venue du cœur. Son retour peut déclencher certaines choses, décider certaines personnes à le suivre. C'est possible mais les chiffres sont tels que j'ai peur que ce soit très compliqué. De toute façon, le connaissant, lundi, quoi qu'il advienne, il assènera certaines vérités, donnera les chiffres. Et quelques personnes pourraient être éclaboussées.
Si le club dépose son bilan lundi, à quel niveau pourra-t-il repartir?
Théoriquement, au plus haut niveau régional. Une dérogation en N3 ou N2 est certes possible mais à ce stade là de l'avant saison, je n'y crois pas.
Si le BBCD meurt, quel sera l'impact sur la pratique en Franche-Comté?
Ce serait une vraie catastrophe. Le basket comtois perdrait sa vitrine naturelle. Et à court et moyen terme, les conséquences seraient forcément néfastes sur nos jeunes pratiquants en terme d'attrait mais aussi de formation ou de débouchés. Je pense, entre autres, au pôle de Besançon qui n'est certes pas menacé.
Du coup, l'élite franc-comtoise serait en N2 avec Salins et Poligny. Les deux clubs n'ont-ils pas une carte à jouer dans ce qui arrive au BBCD?
L'élite de la région est dans le Jura et bien discutons avec les gens du Jura pour voir si on peut monter un projet tous ensemble. Ca tombe bien, c'est là bas que la discipline se porte le mieux. Il me paraît légitime de réfléchir avec eux pour qu'on puisse faire quelque chose d'intéressant. Si le BBCD dépose son bilan, j'irai les rencontrer. Quelque part, même s'il faut de l'économique et du politique pour nourrir un projet de haut niveau, je trouve très sain d'aller parler basket avec des gens qui le connaissent.
Cyrille Brero
cbrero@leprogres.f
On en apprend un peu plus sur la situation actuelle au sein du club